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La psychanalyse en ligne dans la presse en 2007, suite

Archives etc 2007 , suite

Psychanalyse, un mot dans la presse et sur le net, est-ce un mot, un mot seulement?

Presse grand public, psychanalyse et internet...

La psychanalyse et des écrits de psychanalyse ou de psychanalystes parus dans la presse et sur internet .... Regards, réflexions, expressions... Réactions ... propositions ... et autres intentions ... Comment la psychanalyse est-elle perçue dans la presse écrite, par la presse écrite, et comment se laisse-t-elle percevoir à travers la presse...
Où se situe-t-elle? Où s'immisce-t-elle? Comment s'exprime-t-elle?

Archives... etc, 2007... Dans le même esprit que les années précédentes, vous trouverez, ci-dessous, de nombreux articles et autres propos, parus dans la presse papier ou mis en ligne par le support d'origine, en relation avec la psychanalyse. Qu'elle y soit évoquée comme simple référence ou abordée de façon plus substantielle. Ces articles rendent compte de son actualité et des réflexions qu'elle soulèvent, comme des mouvements qui la traversent, des humeurs qui l'agitent... et des débats qu'elle suscite. Moins nombreux qu'ils ont pu l'être jusqu'ici, depuis 2003, à la suite de "l'affaire de l'amendement Accoyer", ils ont retenu notre attention au hasard du fil de nos lectures. Nous les portons à votre connaissance sans aucun dessein d'exaustivité. Ni partialité ni impartialité! Faire-part ou invitation au partage... S'ils vous étonnent, vous interrogent ou vous surprennent, n'hésitez pas à communiquer à votre tour vos réactions ... L'ordre de présentation, dépendant de celui de nos lectures, ne respecte pas toujours la chronologie ... Les dates de publication mentionnées restent les meilleurs repères. Il n'est pas impossible qu'un article se retrouve en double... Sautez-le, passez au suivant, ou ... prenez le temps de le lire une seconde fois .... Pourquoi pas? A quoi bon nous en tenir rigueur... ? L'ensemble de ces articles peut permettre, nous semble-t-il, à tout un chacun de se faire une idée de la spécificité de la psychanalyse, de la richesse de son apport. De sa place et de son rôle aujourd'hui, dans le monde "psy", comme dans un cadre de la vie sociale et culturelle. De ses limites aussi. Ou de ses risques? Oui. Et pourquoi pas, des dissensions et autres travers qui animent certains psychanalystes ou certains adversaires de la psychanalyse, détenteurs de Vérité ou partisans de la suprématie absolue et définitive d'une pratique sur une autre! Autrement dit, cette lecture peut être envisagée comme un reflet de ce que la psychanalyse est susceptible d'apporter... à chacun ... sans pouvoir le garantir. Et puis... ces articles, à titre d'information préventive, peuvent être abordés comme autant d'éléments d'une protection au moins aussi valable que celle proposée par l'auteur d'un texte de loi qui nous semble, mais pourquoi pas, opportuniste... et non garant véritable de quoi que ce soit ... A chacun de le dire, de le vivre, de le lire, de l'écrire, de le ressentir. À chacun d'aller pour le mieux et pour son bien à la rencontre de l'inconnu en soi. Les lois essentielles sont, que nous le voulions ou on, déjà écrites. À chacun de les découvrir et de les respecter... C'est le plus souvent suite à une de leur inavouable ou inavouée transgression que l'on a recours à la psychanalyse... Puisse la lecture de ces propos confirmer la nécessité de s'entendre avec l'esprit des lois, et encourager le lecteur à mieux les respecter

Les articles qui suivent sont le résultats de nos récoltes entre Juin 2007 et Janvier de la même année. Cela ne veut pas dire qu'ils sont tous parus durant cette période. Bien que cela s'avère la plupart du temps...

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Critique Danielle Milhaud-Cappe : éduquer les consciences plutôt que punir

LE MONDE DES LIVRES | 28.06.07 | 12h07

Freud souligna un jour que trois métiers étaient à ses yeux "impossibles" : soigner, éduquer, gouverner. Cela ne l'empêcha pas de gouverner la communauté psychanalytique, ni de soigner ses patients, ni d'être l'inspirateur, en arrière-fond, des débats qui marquèrent, dans le monde germanophone - entre Vienne et Zurich -, l'histoire des relations complexes entre la psychanalyse et la pédagogie. C'est l'histoire de ces relations que relate fort bien Danielle Milhaud-Cappe dans son livre, tiré d'une thèse de philosophie, soutenue en 1999, à l'université Paris-IV. Sans oublier que d'autres avant elle avaient étudié la question - ce qui est rare aujourd'hui -, l'auteur commence par analyser les travaux de Catherine Millot (Freud antipédagogue, Seuil, 1979) et de Mireille Cifali (Freud pédagogue ?, Inter-Editions, 1982) avant d'exposer ses propres thèses. Elle montre à quel point Freud fut engagé dans un mouvement qui, s'inspirant de sa doctrine, mettait en oeuvre une nouvelle manière d'éduquer les consciences. Freud pensait que la liberté humaine ne s'obtenait que si un sujet parvenait à intérioriser le principe d'une autorité susceptible de le faire renoncer à la toute puissance de ses pulsions destructrices. Autrement dit, il était convaincu que la psychanalyse - non comme cure mais comme doctrine - était une sorte d'avancée de la civilisation sur la barbarie et, qu'à ce titre, elle devait servir à réorienter toutes les approches issues des diverses sciences de l'homme : sociologie, anthropologie, pédagogie, criminologie, etc. Aussi bien était-il à la fois hostile à toutes les formes de châtiments corporels ou psychiques infligés aux enfants, aux criminels et aux délinquants - y compris à la peine de mort - et favorable à une sanction punitive, seule capable, à ses yeux, d'avoir des vertus curatives. Celui qui commet un acte délictueux, disait-il, recherche inconsciemment la loi, car seule la loi est susceptible de soulager sa culpabilité. Thèse audacieuse. Elle s'inspirait de la tradition des Lumières selon laquelle la sanction, juste et égale pour tous, doit être exempte de tout esprit de vengeance, mais elle la subvertissait en y introduisant l'idée que le délinquant désire inconsciemment la loi en la défiant. Prenant acte de ces positions, Danielle Milhaud-Cappe analyse le destin de trois grands éducateurs freudiens : August Aichhorn (1878-1949), Hans Zulliger (1893-1965), Oskar Pfister (1873-1956). Psychanalyste viennois, le premier découvrit très tôt le monde des adolescents difficiles auquel il se dévoua, montrant que les comportements antisociaux étaient analogues aux symptômes névrotiques. Instituteur suisse, d'inspiration rousseauiste, le deuxième exerça son métier, pendant quarante ans, dans le même canton, s'opposant avec courage à toute la tradition disciplinaire allemande, fondée sur la menace, le dressage et la soumission. Quant au troisième, pasteur à Zurich, il ouvrit la voie à une réflexion sur la différence entre la machinerie psychique et le destin de la foi. C'est la vertu de cet ouvrage que de proposer au lecteur un voyage éclairant dans cette science de l'éducation qui nous concerne tant aujourd'hui.
FREUD ET LE MOUVEMENT DE PÉDAGOGIE PSYCHANALYTIQUE (1908-1937), A. AICHHORN, H. ZULLIGER, O. PFISTER de Danielle Milhaud-Cappe. Vrin, 298 p., 30 €. Préface de Bertrand Saint-Sernin. Elisabeth Roudinesco Article paru dans l'édition du 29.06.07.

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Critique Helene Deutsch : existences en trompe-l'oeil

LE MONDE DES LIVRES | 28.06.07 | 12h07

Née en Pologne, en 1884, disciple chérie de Freud et connue pour son approche psychologique des femmes, dont s'inspirera Simone de Beauvoir, Helene Rosenbach était issue d'une famille aisée de la bourgeoisie juive. Après une adolescence dépressive, elle entreprit des études de psychiatrie, s'installa à Vienne, épousa Felix Deutsch, devint la patiente de Freud puis celle de Karl Abraham, à Berlin, pour enfin s'exiler outre-Atlantique et s'intégrer à la Société psychanalytique de Boston. Avec la publication de ce nouvel ensemble de vingt-cinq articles réunis par Marie-Christine Hamon, et qui fait suite au volume Les Introuvables. Cas cliniques et autoanalyse (Seuil, 2000), on dispose désormais en France de la totalité des écrits d'Helene Deutsch. A travers un texte de 1934, celle-ci tente de définir un trouble de l'affect - le "comme si" - caractérisé par un excès de normalité et une trop grande adaptation à la réalité. PATHOLOGIES NARCISSIQUES Les sujets atteints n'éprouvent rien, sont vides et inexistants et ne peuvent qu'imiter les autres. Deutsch affirme que seules les femmes seraient des "comme si". Et, pour étoffer ce jugement, elle raconte plusieurs cas, n'hésitant pas à poser des diagnostics de psychose avérée ou latente. Ainsi ouvre-t-elle la voie, par anticipation, dès l'entre-deux-guerres, à une orientation clinique des années 1960, centrée sur les pathologies narcissiques, et qui sera reprise d'une part par l'Américain Heinz Kohut (1913-1981), et de l'autre par le Britannique Donald Woods Winnicott (1896-1971), avec l'invention de son fameux "faux Self". Par ce terme, on a pris l'habitude en effet de désigner une distorsion de la personnalité - homme ou femme - conduisant à une existence en trompe-l'oeil ou à une manière de ne jamais être soi-même : "Freud émit un jour l'opinion, écrit Deutsch, que le Narcisse vivant en totale indépendance psychique peut être considéré comme heureux. Ce Narcisse heureux me semble une construction théorique : car celui que nous rencontrons dans la vie est si dépendant de l'affirmation de son autosatisfaction qu'il est bien plus esclave que l'homme gouverné par ses affects." Cet homme-là, une femme plutôt, est aussitôt envoyé par Deutsch dans l'Enfer de Dante, là où logent pour l'éternité ceux qui ne furent ni rebelles ni fidèles à Dieu, mais ne "furent que pour eux-mêmes". LES "COMME SI" ET AUTRES TEXTES (1933-1970) d'Helene Deutsch. Traduits de l'allemand par Sacha Zilberfarb et de l'anglais par Catherine Orsot et Marie-Christine Hamon. Textes réunis et préfacés par Marie-Christine Hamon, Seuil, "Champ freudien", 360 p., 25 €. Elisabeth Roudinesco Article paru dans l'édition du 29.06.07.

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Critique Héritage freudien, pédagogie des rêves

LE MONDE DES LIVRES | 28.06.07 | 12h07 • Mis à jour le 28.06.07 | 12h07

En 1946, invité à donner une conférence à la Société psychanalytique de San Francisco, Theodor Adorno s'en prend à ce qu'on appelle à cette époque le "révisionnisme néofreudien", ou "néofreudisme", c'est-à-dire à un courant très riche du mouvement psychanalytique, représenté par Erich Fromm et Karen Horney, et qui se propose de "dépasser" le freudisme classique jugé conservateur et dogmatique. Ce mouvement s'inspire en fait du culturalisme et des thèses du médecin autrichien Alfred Adler, pour créer de nouvelles écoles de psychothérapie adaptées, sur le plan clinique, aux nouveaux modes de vie des sociétés occidentales de la deuxième moitié du XXe siècle. Selon Fromm, en effet, dont il faut rappeler qu'il vouait une véritable passion à la psychanalyse, la nécessité s'imposait de critiquer l'autoritarisme patriarcal des héritiers de Freud, au nom d'un certain relativisme et d'une conception plus adaptative de la cure. C'est à cette révision que s'attaque Adorno. Non pas pour défendre un quelconque dogmatisme des post-freudiens légitimistes, mais pour indiquer que leurs adversaires néofreudiens risquent fort de promouvoir, à leurs dépens et sous couvert de progrès ou de nouveauté, une véritable liquidation de ce qu'il y a d'essentiel dans la pensée freudienne : sa capacité d'interpréter le monde d'une façon critique sans pour autant renoncer ni à la science, ni à l'universalisme, ni à la raison. DÉBAT HISTORIOGRAPHIQUE Aussi bien Freud est-il pour Adorno, et à juste titre, un théoricien des Lumières sombres dont l'oeuvre se situe dans l'héritage de Hobbes ou de Sade. A ce titre, il serait ridicule de le ranger du côté des réactionnaires, car ce serait méconnaître la complexité des pulsions humaines : barbares ou sublimes, rationnelles ou irrationnelles, etc. A travers cette volée de bois vert antirévisionniste, on voit percer, dans l'énoncé d'Adorno, tout le débat historiographique ultérieur - et donc actuel - sur la nature profonde du freudisme et sur sa puissance d'investigation au lendemain d'Auschwitz et au-delà de toutes les controverses stériles sur les psychothérapies. Même si le conférencier semble excessif en accusant les praticiens néofreudiens de pactiser avec "le bon sens" ou "l'indignation bien-pensante", on ne peut que l'approuver entièrement. Il réhabilite en effet l'invention freudienne en lui donnant une dignité que les psychanalystes tentent sans cesse de lui faire perdre dans leur arrogance à se prendre pour les seuls détenteurs du corpus freudien. Le commentaire de Jacques Le Rider est excellent, mais on se serait volontiers passé de l'avant-propos, bourré d'erreurs, du directeur de la collection. Adorno ne s'est pas contenté de réfléchir au statut de la pensée freudienne, il a expérimenté la cure, à sa façon, et sans divan, en notant ses rêves de 1934 à 1969, avec le projet de les publier. Aussi se livre-t-il à un exercice étourdissant d'immersion dans une subjectivité qui, bien qu'elle soit la sienne propre, se révèle comme le lieu d'une expression littéraire de l'inconscient, échappant à toute forme de symbolisation : "J'ai rêvé que je devais être crucifié (1934). Je me rendais dans un bordel américain (1943). Dans une arène avait lieu, sous mon commandement, l'exécution d'un grand nombre de nazis (1945). Une fois de plus - comme le Pierrot lunaire - je devais être exécuté. Cette fois à la manière d'un cochon. Jeté dans l'eau bouillante (1944). Encore un rêve de bordel (1945). Scènes d'exécution. Les victimes étaient-elles des fascistes ou des antifascistes ? (...) L'exécution eut lieu selon le principe du self-service. (...) J'observais le mouvement des gens sans tête (1945). J'avais une épouvantable dispute avec ma mère. (...) Je lui hurlais à la figure : maudit soit le corps qui m'a donné le jour (1955). Je devais une fois de plus être crucifié (1957). Je dansais avec un gigantesque dogue brun jaune (...). Parfois nous nous embrassions le chien et moi (1958). Salle d'exécution. Décapitation (...). Le coup tomba sans que je me sois réveillé. (...) Je constatai que j'étais toujours là (1959). Dans un immense hôtel, un psychothérapeute voulait tenir, dans sa spécialité, une conférence sur Schubert. (...) Nous nous rassemblâmes pour assassiner le psychothérapeute (1964). J'évoquais avec A. le projet de mettre un terme à mes jours (1969)." La notation, comme on le voit, a pour vertu de transformer le matériau du rêve en une série de photomontages qui ressemblent autant à des nouvelles d'Arthur Schnitzler qu'à des courts métrages d'Alfred Hitchcock ou de Stanley Kubrick. Rêves pervers, rêves cruels, rêves de haine, d'exécution, de compassion, rêves animaliers : tout se passe ici comme si Adorno inversait l'ordre de la raison, dans la perspective d'une dialectique négative : "Le rêve, dit-il, est noir comme la mort." D'où l'épreuve d'inquiétante étrangeté qu'il inflige à son lecteur en le laissant libre de se mouler dans la multiplicité des interprétations possibles. Pour compléter les multiples approches de cette langue adornienne, faite d'ombre et de lumière, on pourra lire la correspondance que Gretel Karplus, future épouse d'Adorno, a échangée avec le grand ami du couple : Walter Benjamin. Pendant dix ans, de 1930 à 1940, les deux épistoliers furent l'un pour l'autre des veilleurs du jour et de la nuit dans un monde en proie à sa propre destruction : "Nous devons veiller, disait Benjamin juste avant de se suicider, à mettre le meilleur de nous-mêmes dans nos lettres, car rien n'indique que le moment de nos retrouvailles soit proche." Disciples et héritiers Theodor Adorno : philosophe allemand (1903-1969), principal théoricien, avec Max Horkheimer, de l'Ecole dite de Francfort, centrée notamment sur la volonté d'articuler critique sociale et psychanalyse. Erich Fromm : psychanalyste américain (1900-1980), d'origine allemande, émigré aux Etats-Unis en 1934, chef de file, avec Karen Horney, du "néofreudisme" américain. Karen Horney : psychanalyste américaine, d'origine allemande (1885-1952), émigrée aux Etats-Unis en 1932, a surtout contesté les théories freudiennes de la féminité. Alfred Adler : médecin autrichien (1870-1937), fondateur de l'Ecole de psychologie individuelle, fut proche de Freud jusqu'en 1911. Ses désaccords avec le fondateur de la psychanalyse portaient essentiellement sur sa conception de la sexualité et de l'inconscient. LA PSYCHANALYSE RÉVISÉE de Theodor W. Adorno, suivi de L'ALLIÉ INCOMMODE de Jacques Le Rider. Traduit de l'allemand par Jacques Le Rider, éd. de L'Olivier, "Penser/rêver", 110 p., 10 €. MES RÊVES de Theodor Adorno. Traduit de l'allemand par Olivier Mannoni. Edition établie par Christoph Gödde et Henri Lonitz. Postface de Jan Philipp Reemtsma, Stock, "L'autre pensée", 146 p., 17,50 €. CORRESPONDANCE (1930-1940) de Gretel Adorno et Walter Benjamin. Edition établie par Christoph Gödde et Henri Lonitz, traduit de l'allemand par Christophe David. "Le promeneur", 410 p., 26,50 €. Elisabeth Roudinesco Article paru dans l'édition du 29.06.07

 

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Vu & commenté Noyades répétées et psychanalyse instantanée, par Dominique Dhombres

LE MONDE | 28.06.07 | 13h32 • Mis à jour le 28.06.07 | 13h32

Existe-t-il un plan secret, à France 2, pour déstabiliser le téléspectateur ? Les épisodes de la série américaine "FBI : portés disparus" étaient diffusés, mercredi 27 juin, dans un désordre absolu. On avait d'abord droit à "Eaux profondes", un des plus récents, puisqu'il appartient à la cinquième saison (2006-2007). Venaient ensuite "Les Jumeaux" et "Le Dominant et le dominé", beaucoup plus anciens. C'est un peu comme si TF 1 montrait successivement, au cours d'une même soirée, le commissaire Navarro avec sa fille adulte, puis avec celle-ci redevenue une fillette et sautant sur ses genoux. Heureusement que l'agent spécial Jack Malone, le héros de "FBI : portés disparus", conserve invariablement ses costumes noirs sévères d'un épisode à l'autre. Cela fait un fil conducteur, en quelque sorte. C'est rassurant. On commence donc par "Eaux profondes". Patricia Mills, la jeune et jolie femme qui vient d'être élue sénateur de l'Etat de New York, s'est évaporée dans la nature alors qu'elle devait se rendre à Washington. C'est son père, un riche homme d'affaires, qui annonce sa disparition, alors que son mari, un modeste avocat, garde le silence. Comme souvent, dans cette série, on nous fait voir la même scène de meurtre avec des coupables potentiels différents. Et les dialogues sont plutôt virils. "Vous n'allez pas la retrouver sous votre bureau. Sortez d'ici et faites quelque chose", dit le père de la jeune femme à Jack Malone. "Est-ce que vous allez me laisser faire mon boulot ? On ne joue pas à celui qui pissera le plus loin. J'essaie seulement de la retrouver et de la ramener vivante. Est-ce que je suis assez clair ?", répond ce dernier. Evidemment, la malheureuse est déjà morte, enfermée dans une malle jetée au fond de la mer. On ne dira pas ici par qui elle a été tuée, puisque l'épisode est tout neuf et qu'il ne faut pas gâcher. Les jumeaux, ensuite. Ce sont deux affaires qui se suivent. Contrairement à la tradition de la série, la psychologie est un peu plus développée que d'habitude. Tout repose sur les rapports entre deux jumeaux, Greg et Rick, le gentil et le méchant, le dominé et le dominant. Julie, la compagne de Greg, a été découverte noyée (on se noie beaucoup dans cette série). Elle y était prédestinée, en quelque sorte, puisqu'elle était spécialiste en biologie marine et possédait un équipement de plongée. Jack Malone emprisonne le jumeau innocent pour faire craquer le jumeau coupable et se prend sévèrement les pieds, y compris avec ses supérieurs, au cours de cette opération risquée. Comme toujours, cela va très vite. Le jumeau innocent découvre la perversité du jumeau coupable à la vitesse de l'éclair. C'est en quelque sorte une psychanalyse instantanée. Dominique Dhombres Article paru dans l'édition du 29.06.07.

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50 livres pour l'été. Psychanalyse Le dit du divan.

Par Geneviève DELAISI QUOTIDIEN : jeudi 28 juin 2007 Sophie Carquain, Maryse Vaillant Récits de divan, propos de fauteuil. Comment la psychanalyse peut changer nos vies Albin Michel, 377 pp., 20 €.

les non-analysés, voire les analysants, se demandent comment ça se passe réellement dans une cure ou une psychothérapie analytiques ; aussi, combien ça coûte ; si c'est vraiment efficace. Il y a de nombreux livres qui, soit racontent des cures personnelles avec plus ou moins de bonheur, soit font un catalogue des thérapies en tentant de les évaluer. Ce livre échappe à ces différents genres ainsi qu'à leurs défauts : il est donc hautement recommandable pour qui s'interroge sur la rencontre du patient et du psy. On y trouve onze témoignages d'ex-analysants ou en cours d'analyse, classés par les auteures selon leur élément moteur (le symptôme qui a suscité la demande, par exemple). Certains sont célèbres, tels Marie Darrieussecq, Charles Berling, Frédéric Mitterrand, d'autres non. Toutes ces narrations, soigneusement présentées sont d'un grand intérêt. En contrepoint deux psychanalystes, Catherine Mathelin et Juan David Nasio, ont confié leur propre parcours sur le divan. Ce qui est plutôt rare.

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Faut-il légaliser l'homoparentalité ? LE MONDE | 29.06.07 | 16h40 • Mis à jour le 29.06.07 | 16h44 OUI SELON CAROLINE THOMPSON PSYCHANALYSTE ET THÉRAPEUTE FAMILIAL.

Il y a beaucoup d'études sur le devenir psychique des enfants élevés dans des familles homoparentales et toutes, ou presque, concluent qu'ils ne sont pas mis au ban de la société, qu'ils ne présentent pas plus de pathologies mentales ou de problèmes psychologiques que les autres enfants et qu'ils n'ont aucun trouble de l'identité sexuelle. Ce qui est déterminant, ce n'est pas l'orientation sexuelle du parent mais la nature du lien entre l'enfant et le parent. A terme, la légalisation de l'homoparentalité est inévitable, ne serait-ce qu'en raison de l'évolution des familles hétérosexuelles. On reproche aujourd'hui aux familles homoparentales de ne pas porter l'altérité des sexes mais, depuis une trentaine d'années, les couples hétérosexuels ne fonctionnent plus sur une division étanche et sexuée des rôles : l'homme ne tient plus forcément le rôle du masculin et la femme du féminin. On reproche aux familles homoparentales de ne pas pouvoir être les parents biologiques de leurs enfants, mais la procréation médicalement assistée a bouleversé les rapports entre la filiation génétique et la filiation symbolique : dans un couple hétérosexuel, le père d'un enfant conçu par don de sperme est considéré comme le père par l'état civil alors qu'il n'est pas le père biologique de l'enfant. Enfin, on reproche aux familles homoparentales d'inventer des "parents sociaux" - les compagnes ou les compagnons du parent biologique -, mais les familles recomposées ont montré que plusieurs individus - parents et beaux-parents - pouvaient contribuer à l'éducation d'un enfant. Aujourd'hui, la parentalité est de plus en plus un engagement et un choix et non plus une conséquence des "lois de la nature" que l'on oppose aux familles homoparentales. NON SELON JEAN-PIERRE WINTER PSYCHANALYSTE ET ESSAYISTE Je ne suis pas opposé à l'adoption d'enfants par les couples homosexuels : personne ne peut leur discuter le droit d'éduquer et d'aimer des enfants qui sont nés de l'union d'un homme et d'une femme. En revanche, je suis opposé à l'homoparentalité quand elle concerne un couple de même sexe ayant recours à la procréation médicalement assistée : deux hommes faisant appel à une mère porteuse ou deux femmes demandant une insémination artificielle avec donneurs. Car la filiation, ce n'est pas seulement de l'amour et de l'éducation, mais aussi du symbolique. Dans ces projets, les couples homosexuels éliminent un tiers - la donneuse d'ovocytes, la mère porteuse ou le donneur de sperme - de la nomination de la filiation de l'enfant. En agissant ainsi, ils éliminent un tiers qui est pourtant indispensable à la conception et à la vie de l'enfant. Ces bricolages auront des conséquences sur la vie psychique des enfants, qui seront privés non pas d'un papa ou d'une maman au sens éducatif du terme, mais de la fonction d'un père ou d'une mère, en ce qu'ils rassemblent sur eux tous les pères ou les mères qui les ont précédés depuis la nuit des temps. Ce qui construit le psychisme d'un enfant, ce n'est pas la différence des sexes en général, mais la différence des sexes entre papa et maman, c'est-à-dire ce qui se passe dans le lit de ceux qui sont censés lui avoir donné la vie. C'est là que se construisent les névroses, voire les psychoses et les perversions. Un petit garçon élevé par un couple de lesbiennes pense, même si on lui a expliqué le contraire, qu'il est né de leur accouplement. On le force donc à être le témoin du fait qu'il est né d'un accouplement dont il n'est pas possible qu'il soit né, comme s'il était le témoin d'un impossible. Propos recueillis par Anne Chemin Article paru dans l'édition du 30.06.07.

 

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Point de vue Bannières et ostensoirs, par Michel Bellin

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Cette année encore, je ne participe plus à la Gay Pride, rebaptisée "Marche des fiertés". J'en suis non seulement soulagé, mais très satisfait, car ce retrait volontaire me restitue l'estime d'être moi-même comme je l'entends désormais : sans tapage, sans marquage, de nouveau à la marge. Parlons franc (en employant le "nous", je tente de me solidariser encore) : que gagnons-nous à devenir chaque solstice d'été le zoo préféré des médias et les histrions de notre propre folklorisation corporatiste ? En serons-nous demain plus crédibles ? Plus matures ? Plus amicaux entre nous ? Plus efficaces pour tant d'autres militances bien plus urgentes ? Notre identité reste la "différence", le décalage, l'écart. Quelque part de doux barbares, des empêcheurs d'aimer et de procréer en rond. C'est le secret de chacun, son originalité intime, et nul n'a besoin pour s'en convaincre (ou se rassurer) de pedigree pseudo médical et de parade identitaire. Certes, davantage de droits, plus d'égalité, moins de discrimination, le mariage en promo et l'adoption en prime, je suis évidemment d'accord... Mais dans les coulisses et au quotidien, pas sur les tréteaux. Loin des démonstrations et des récupérations tous azimuts, surtout politiciennes. Car la liturgie de "notre" fête nationale, la mise en scène hystérique de "notre" credo ne sont plus supportables. La Gay Pride n'est-elle pas à la gaytitude ce que la pompe romaine est à la foi nue ? Aux confins de la pornographie. Ni plus ni moins. D'autant que les dégâts collatéraux sont immenses : en prêchant, les pédés se ringardisent. En s'exhibant, ils se parodient. En s'affichant, ils s'exposent. S'il existe une "culture homosexuelle" - ce dont je doute fort -, c'est en tout cas ce jour-là, en soulevant le voile, qu'elle se livre sous son vrai jour : une subculture érotique qui a l'audace de quitter ses chapelles clandestines pour s'afficher dans une foire commerciale ambulante. Belle épiphanie ! Je propose deux remèdes drastiques : la suppression d'une manifestation devenue aussi surannée et inintelligible que les Fêtes-Dieu d'antan. Et l'abandon des néologismes aussi inappropriés que datés. Oui - latinisme ou anglicisme - basta, les mots ! Hétérosexuel, homosexuel, bisexuel, métrosexuel, übersexuel... qu'on déclare ces vocables vieillots, usés, grotesques, aussi flapis et aussi inutiles que des capotes percées. "Hors-je", les mots ! Que le "sexuel" évacue l'identité personnelle comme la mer sculpte le rivage en se retirant ; qu'il se fasse détumescent dans les amphigouriques et péremptoires dogmes de la psychanalyse (d'autant que bon nombre de psys acceptent enfin de revoir leur copie). Dans la foule - plus grise que rose -, que chacun puisse désormais marcher incognito vers sa propre lumière. A bientôt 60 ans, fidèle au même homme depuis plusieurs années après avoir longtemps mijoté (plutôt savoureusement) dans une union classique, sans revendiquer dorénavant ni "couple", ni "pacs", ni "mariage", ni "croyance", ni "militance"... Je n'aspire plus à cesser d'être "hétéro" pour devenir "homo", encore moins à apparaître tel au milieu de congénères bramant leur rédemption urbi et orbi. Car - qu'on soit gay, trans ou hétéronormé, black ou jaune, jeune ou vieux, femelle ou mâle - la vraie question est bien celle-ci : comment parvenir à se sculpter, à se créer et à se recréer sans cesse, à devenir soi-même, quitte à réfuter, dès lors qu'elle devient aliénante par conformisme, toute identification sexuelle, religieuse, politique, tribale, etc., et si possible sans avoir à subir rituellement de "vieilles victoires pourries" (Sartre) ! Parvenir enfin à l'indifférence. Consentir à l'insignifiance. Gommer l'appartenance. Ce pour quoi, émasculant les mots imbéciles et fuyant les flonflons, je hurle au silence comme un bâtard galeux : "Né-ga-ti-vons et rentrons chez nous !" Michel Bellin, écrivain

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Noyades répétées et psychanalyse instantanée, par Dominique Dhombres LE MONDE Retrouvez l'intégralité du "Monde" en HTML.

Existe-t-il un plan secret, à France 2, pour déstabiliser le téléspectateur ? Les épisodes de la série américaine "FBI : portés disparus" étaient diffusés, mercredi 27 juin, dans un désordre absolu. On avait d'abord droit à "Eaux profondes", un des plus récents, puisqu'il appartient à la cinquième saison (2006-2007). Venaient ensuite "Les Jumeaux" et "Le Dominant et le dominé", beaucoup plus anciens. C'est un peu comme si TF 1 montrait successivement, au cours d'une même soirée, le commissaire Navarro avec sa fille adulte, puis avec celle-ci redevenue une fillette et sautant sur ses genoux. Heureusement que l'agent spécial Jack Malone, le héros de "FBI : portés disparus", conserve invariablement ses costumes noirs sévères d'un épisode à l'autre. Cela fait un fil conducteur, en quelque sorte. C'est rassurant. On commence donc par "Eaux profondes". Patricia Mills, la jeune et jolie femme qui vient d'être élue sénateur de l'Etat de New York, s'est évaporée dans la nature alors qu'elle devait se rendre à Washington. C'est son père, un riche homme d'affaires, qui annonce sa disparition, alors que son mari, un modeste avocat, garde le silence. Comme souvent, dans cette série, on nous fait voir la même scène de meurtre avec des coupables potentiels différents. Et les dialogues sont plutôt virils. "Vous n'allez pas la retrouver sous votre bureau. Sortez d'ici et faites quelque chose", dit le père de la jeune femme à Jack Malone. "Est-ce que vous allez me laisser faire mon boulot ? On ne joue pas à celui qui pissera le plus loin. J'essaie seulement de la retrouver et de la ramener vivante. Est-ce que je suis assez clair ?", répond ce dernier. Evidemment, la malheureuse est déjà morte, enfermée dans une malle jetée au fond de la mer. On ne dira pas ici par qui elle a été tuée, puisque l'épisode est tout neuf et qu'il ne faut pas gâcher. Les jumeaux, ensuite. Ce sont deux affaires qui se suivent. Contrairement à la tradition de la série, la psychologie est un peu plus développée que d'habitude. Tout repose sur les rapports entre deux jumeaux, Greg et Rick, le gentil et le méchant, le dominé et le dominant. Julie, la compagne de Greg, a été découverte noyée (on se noie beaucoup dans cette série). Elle y était prédestinée, en quelque sorte, puisqu'elle était spécialiste en biologie marine et possédait un équipement de plongée. Jack Malone emprisonne le jumeau innocent pour faire craquer le jumeau coupable et se prend sévèrement les pieds, y compris avec ses supérieurs, au cours de cette opération risquée. Comme toujours, cela va très vite. Le jumeau innocent découvre la perversité du jumeau coupable à la vitesse de l'éclair. C'est en quelque sorte une psychanalyse instantanée. Dominique Dhombres Article paru dans l'édition du 29.06.07.

in Le Monde

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Nécrologie Ernst Federn

LE MONDE

Fils de Paul Federn, grand compagnon de Sigmund Freud, Ernst Federn s'est éteint le 24 juin à l'âge 93 ans. Très tôt, il sut que la psychanalyse serait la grande affaire de sa vie, au point de parler de lui-même en utilisant le langage de la tribu : "Je suis né avec un tempérament narcissique oral typique." Adolescent difficile, il fut initié très tôt à la politique par Therese Schlesinger (1870-1940), soeur d'Emma Eckstein, ancienne patiente de Freud, et qui deviendra l'une des dirigeantes du Parti social-démocrate autrichien. Aussi rêve-t-il de concilier le marxisme et le freudisme tout en ayant une sympathie profonde envers Léon Trotski et Rosa Luxembourg. En 1936, il devint le secrétaire de son père, s'immergeant ainsi dans la saga freudienne des origines. Arrêté comme juif et militant politique, il fut alors déporté d'abord à Dachau puis à Buchenwald, où il rencontre Bruno Bettelheim. Il passe la durée de la guerre au camp et ne doit sa survie qu'à des circonstances exceptionnelles. Il eut la chance d'être veilleur de nuit puis de pouvoir se servir de la psychanalyse en s'occupant des détenus criminels ou en accompagnant dans la mort ceux qui étaient désignés pour l'extermination. Il fut ainsi, comme il le raconte par la suite, une sorte de "psychanalyste de camp", allant même jusqu'à donner des conférences sur le sujet. Libéré en 1945 par l'armée américaine, il se rend à Bruxelles et entre en contact avec le délégué de la Croix-Rouge internationale avant d'être mandaté pour réaliser un projet d'hygiène mentale destiné aux anciens déportés. Trois ans plus tard, il émigre aux Etats-Unis, où il retrouve sa famille et tous les autres Viennois déjà exilés. C'est alors qu'il entre en analyse avec Herman Nunberg (1883-1970), qui avait été lui-même analysé par Paul Federn. Comme de nombreux Viennois, il ne pouvait échapper à ce destin particulier qui avait fait de lui non seulement un rescapé du génocide, mais aussi l'héritier d'une histoire à laquelle il demeure fidèle toute sa vie. C'est donc comme travailleur social et dans la droite ligne des engagements de sa jeunesse qu'il se consacre autant à la réinsertion des adolescents en difficulté qu'à l'aide psychologique aux familles juives. Il étudie avec finesse la psychologie des génocidaires, s'opposant notamment à la thèse selon laquelle les exterminateurs nazis n'auraient été que des fonctionnaires zélés. Par ailleurs, il s'intéresse à la constitution d'une historiographie psychanalytique (Témoin de la psychanalyse, PUF, 1994). 26 avril 1914 : Naissance à Vienne (Autriche) 1994 : Publication de Témoin de la psychanalyse 24 juin 2007 : Mort à Vienne Elisabeth Roudinesco

 

in Le Monde

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MORT D'INGMAR BERGMAN nouvelobs par Jean Douchet, réalisateur, critique, écrivain et enseignant de cinéma "Un chef d'oeuvre tous les deux films"

Ingmar Bergman qualifiait sa vie d'"enfer supportable". Ses films étaient-ils fortement empreints de son histoire personnelle ? Ses sympathies dans son jeune âge pour le nazisme ont plusieurs fois été évoquées. Qu'en était-il ? - Difficile de mesurer ce qui est de l'ordre du personnel dans chaque œuvre d'un artiste. Comme toujours, on mesure leur importance quand les personnes ont disparu et que l'on se penche avec recul sur leur vie et leur travail. Il est vrai qu'adolescent, Bergman s'est intéressé à l'idéologie de race pure d'Hitler. Mais lorsqu'il a compris le caractère criminel du dictateur allemand, il s'en est complètement détourné et a violemment attaqué le régime nazi. Il n'a pour autant jamais caché cette erreur de jeunesse. Il était aussi metteur en scène de théâtre. Quelle était l'influence du théâtre sur le cinéma de Bergman ? - Il était un homme de théâtre à la base, et un passionné de cinéma par la suite. Pour lui, le cinéma était une forme d'expression autour du théâtre. Il nourrissait une constante liaison entre les deux. Dans ses films, il exprimait une dramaturgie et une tradition classique indéniable. Quels étaient les thèmes chéris de Bergman ? S'il ne fallait retenir qu'un seul film, quel serait-il ? - Ses thèmes préférés convergeaient en seul : le mystère de l'être, la quête constance de ce que l'on est. Pourquoi cette impossibilité de comprendre la difficulté d'être poussent les gens à se déchirer. Bergman a commencé par un cinéma très réaliste. Puis il est passé par un travail sur le comportement humain, allant jusqu'à la psychanalyse et des études très précises sur l'être, comme dans "Persona" (1966), un vrai chef-d'œuvre. Enfin, il s'est réépanouit : le spectacle, le théâtre ont tout emporté. Pas possible pour moi de ne retenir qu'un seul film. "Monika" (1963), "Le Septième sceau" (1957), "Persona" (1966) sont vraiment magnifiques. Les deux films que je préfère sont "Fanny et Alexandre" (1982) et "Sarabande" (2003), de vrais chefs d'œuvre. Mais après tout, Bergman, c'est à peu près un chef d'œuvre tous les deux films. Propos recueillis par Séverine de Smet (le lundi 30 juillet 2007) in le nouvelobs

in Le Nouvel obs

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La dispute freudienne entre Sartre et Huston

LE MONDE

Los Angeles correspondante A Los Angeles, l'Académie du cinéma accueille une exposition itinérante déjà présentée à Berlin fin 2006- début 2007, "Movies on the mind, psychology and film since Sigmund Freud" (Films en tête, la psychologie et le cinéma depuis Freud). Cette exposition multimédia et interactive a été organisée par la Deutsche Kinemathek pour célébrer le 150e anniversaire de la naissance de l'inventeur de la psychanalyse. Elle explore l'impact psychologique du cinéma sur les spectateurs, et montre comment à leur tour les troubles et pathologies du psychisme ont fasciné et nourri scénaristes, metteurs en scène et acteurs. SANS RANCUNE On y découvre aussi quelques faits curieux. En 1925, Samuel Goldwyn s'était déplacé jusqu'à Vienne pour tenter de convaincre Sigmund Freud d'écrire une histoire d'amour pour Hollywood. En vain. Quant à la collaboration entre Jean-Paul Sartre et John Huston sur le film Freud, elle avait bien commencé mais s'est mal terminée. Bien en vue, une longue lettre dactylographiée de Sartre, datée du 26 août 1961, débute par : "My dear Huston..." Sollicité par le réalisateur du Faucon maltais, de Key Largo ou d'African Queen, pour écrire un scénario sur la vie de Freud, l'écrivain remet un script trop long, dans lequel Huston, et le studio, sont obligés de largement tailler. Lorsqu'il voit le résultat, Sartre retire son nom du générique après avoir qualifié de "monstre" le nouveau scénario. En sept pages denses, qui se terminent par "without grudge" (sans rancune), l'écrivain détaille les motifs de sa décision et dénonce le contrôle et la censure exercés par le studio (Universal Pictures) : "Vous m'avez promis que je serais l'associé d'un homme libre, mais vous avez fait de moi l'employé d'un employé." Il fait des reproches personnels au cinéaste : "Vous avez été négatif, absent, avec des résistances intérieures qui vous donnent l'air d'un paresseux." Et même : "Je voulais sauver les idées de Freud, pourquoi étiez-vous déterminé à les détruire ?... Si l'inconscient, tel qu'il le conçoit, vous révulse à ce point, alors ne faites pas un film sur Freud." Le long métrage de John Huston est sorti en 1962, avec Montgomery Clift dans le rôle de Freud et Fernand Ledoux dans celui du docteur Charcot. Comme le prédisait Sartre dans sa lettre à Huston, Freud, le film, fut un "bide". Claudine Mulard Article paru dans l'édition du 18.08.07.

Le Monde

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"Tom est mort", la polémique

LE MONDE DES LIVRES | 23.08.07 | 16h37 • Mis à jour le 23.08.07 | 16h37

À chaque rentrée sa polémique, sa dispute, ses invectives. L'année dernière, c'était le gros roman de Jonathan Littell, Les Bienveillantes, qui avait suscité des commentaires opposés et des critiques passionnées - ou passionnelles. Cette année, c'est une autre querelle qui éclate, plus brutale et personnelle. Elle touche deux auteurs importants de la même maison, POL : Marie Darrieussecq, dont le premier roman, Truismes, avait paru en 1996, et Camille Laurens qui avait sorti son premier livre, Index, cinq ans plus tôt. La première publie en cette rentrée son huitième roman, Tom est mort. Comme son titre l'indique, le livre raconte une mort, celle d'un enfant, dix ans plus tôt. C'est la mère qui est la narratrice. C'est elle qui parle tout au long du livre, à la première personne. Or Marie Darrieussecq n'a jamais connu un tel deuil. Quant à Camille Laurens, elle avait publié, toujours chez POL, en 1995, un court récit, Philippe, relation de la mort de son bébé, l'année précédente, deux heures après sa naissance. C'est sur ce livre, et donc sur cette réalité du deuil qu'elle s'appuie dans un texte intitulé "Marie Darrieussecq ou le syndrome du coucou", à paraître au début de septembre en tête du dernier numéro de La Revue littéraire, publiée par les éditions Léo Scheer (no 32, automne 2007). C'est en juin, à Toulouse, que Camille Laurens apprend, raconte-t-elle, l'existence du livre de Marie Darrieussecq. Elle constate alors une certaine gêne de sa consoeur et de l'éditeur, Paul Otchakovsky-Laurens, pour lui en parler. "... Je me suis sentie soudain menacée, mais sans savoir de quoi." Elue entre-temps jury du prix Femina, Camille Laurens lit quelques jours plus tard Tom est mort, dit-elle, "dans un vertige de douleur, le sentiment d'une usurpation d'identité, la nausée d'assister par moments à une sorte de plagiat psychique". Elle rappelle ensuite une autre polémique, qui avait été lancée en 1998 par Marie NDiaye contre Marie Darrieussecq qui publiait alors son deuxième roman, Naissance des fantômes. La première accusait la seconde non de "plagiat" mais de "singerie" de ses propres romans. La querelle avait fait long feu. Estimant que l'écrivain - mieux que le critique ou l'éditeur - "sait ce qui lui appartient", Camille Laurens écrit : "J'ai eu le sentiment, en le lisant, que Tom est mort avait été écrit dans ma chambre, le cul sur ma chaise ou vautrée dans mon lit de douleur. Marie Darrieussecq s'est invitée chez moi, elle squatte." Pour étayer ses accusations, elle affirme avoir "aisément" reconnu des "passages de Philippe, mais aussi de Cet absent-là où (elle) évoque cet enfant perdu (...) : phrase ou idée, scène ou situation, mais aussi rythme, syntaxe, toujours un peu modifiés mais manifestement inspirés de mon épreuve personnelle et de l'écriture de cette épreuve." Parmi les quelques exemples qu'elle cite, celui-ci : "Je ne suis pas le corps, je suis la tombe." (Philippe) ; "Sa terre natale, moi. Moi, en tombe." (Tom est mort). "Je ne dis pas que le piratage soit constant, mais les occurrences suffisent à créer une tonalité, un climat littéraire et stylistique, sur lesquels je ne peux pas me tromper", conclut-elle sur ce point. Pour Camille Laurens, Tom est mort "pose la question de l'obscénité et du cynisme" dans la mesure où Marie Darrieussecq, n'a pas, comme elle, vécu directement le drame de la mort de son enfant. "Au bout du compte, mise à part l'émotion facile et prompte, quel est le projet d'un tel déploiement sur un "thème" aussi consensuel ?", s'interroge-t-elle, avant de dénoncer "l'ambiguïté de l'instance narrative" : "La mort, d'accord, mais pour de faux. La mort, c'est du roman !" Enfin, faisant allusion au second "métier" de Marie Darrieussecq, la psychanalyse, Camille Laurens rappelle que la psychanalyse comme la littérature ont en commun une même "exigence de vérité" et ajoute : "La vérité ne va rien chercher en dehors d'elle-même - et surtout pas dans le discours des autres". En conclusion, elle grince : "Rappelons donc à la thérapeute distinguée comme à la romancière à succès qu'on n'endosse pas la douleur comme on endosse un chèque." Marie Darrieussecq, auteur d'une thèse sur l'autofiction, qu'elle ne pratique pas dans ses romans - à la différence de Camille Laurens - avait rendu hommage à celle-ci, et à son livre Philippe, dans un entretien à la revue professionnelle Livres Hebdo (du 29 juin), "l'un des livres pour lequel j'ai choisi POL". Anticipant peut-être la polémique elle avait déclaré : "Sans doute est-ce une grande transgression d'écrire une fiction avec la mort d'un enfant, mais avec les tabous, on ne peut pas écrire. Si l'on pense qu'il y a des sujets interdits, autant ne pas écrire." Jointe au téléphone, Marie Darrieussecq, très émue, se dit "calomniée" par Camille Laurens. "C'est une lutte haineuse où un écrivain veut tuer un autre écrivain", affirme-t-elle. C'est un "ignoble concours de douleurs" ressenti à la lecture de son texte. "Je suis mise en demeure de me justifier pour avoir osé parler de la mort des enfants." Puis elle explique : "On n'écrit pas Tom est mort sans raison. Mes parents ont perdu un enfant. Il y a eu chez eux une forme de silence que je respecte, admire. Je ne suis pas moins légitime comme soeur que comme mère endeuillée. Il y a une universalité de la douleur." A propos de la justification par le seul vécu, qui pose la question de l'autofiction, Darrieussecq ajoute : "Je suis un écrivain de fiction et j'ai voulu, dans un récit décalé, décrire les étapes de la douleur. J'ai cherché à être ce "je", cette première personne... J'ai pensé à Françoise Dolto qui parle des universaux du deuil. Les mères endeuillées ont toutes les mêmes cris." Quant à Paul Otchakovsky-Laurens, il nous a dit son intention de répondre à Camille Laurens, dont il annonce qu'il n'éditera plus les livres. Patrick Kéchichian Article paru dans l'édition du 24.08.07.

Le Monde

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Marie Darrieussecq Bibliographie / Biographie de Marie Darrieussecq. 

Marie Darrieussecq est née le 3 janvier 1969 à Bayonne (Pyrénées Alantiques). Son père est technicien, sa mère prof de français. Elle passe son enfance dans un petit village du Pays Basque, apprend à lire dans Astérix et s'intéresse très tôt à la littérature. En 1986, bac littéraire en poche, elle commence des études de Lettres, prépare hypokhâgne et khâgne à Bordeaux (1988-1990) puis intègre en 1990 l'École Normale Supérieure de la rue d'Ulm à Paris. En 1992, elle sort sixième du concours à l'Agrégation de Lettres modernes. Elle continue ses études de Lettres à Paris III et Paris VII tout en donnant des cours sur Stendhal et Proust à l'Université de Lille. En septembre 1996, après avoir écrit cinq romans restés dans les tiroirs et entamé une psychanalyse, Marie Darrieussecq publie aux éditions POL son premier roman "publiable", Truismes, qui raconte l'histoire d'une femme boulimique se métamorphosant en truie. Le livre connaît immédiatement un large retentissement en France et à l'étranger. Il s'est depuis vendu à plus d'un million d'exemplaires et les droits d'adaptation au cinéma ont été acquis par Jean-Luc Godard. En 1997, Marie Darrieussecq soutient avec succès une thèse de Doctorat ès lettres, préparée sous la direction de Francis Marmande, intitulée Moments critiques dans l'autobiographie contemporaine: Ironie tragique et autofiction chez George Perec, Michel Leiris, Serge Doubrovsky et Hervé Guibert. La même année, elle épouse un mathématicien mais divorce très rapidement. Promue nouvelle jeune star des lettres françaises, Marie Darrieussecq enchaîne ensuite les livres, tous publiés chez POL: Naissance des fantômes (1998), Le Mal de mer et Précisions sur les vagues (1999), Bref Séjour chez les vivants (2001), Le Bébé (2002), White (2003), Le Pays (2005), Zoo (Nouvelles, 2006), Tom est mort (2007). Ces publications sont entrecoupées de quelques autres textes publiés dans des ouvrages collectifs chez divers éditeurs, ainsi qu'un conte, Claire dans la forêt (Editions des Femmes, 2004) et une pièce de théâtre, Le Musée de la mer (2007), mise en scène par Arthur Nauzyciel au Théâtre national de Reykjavik (Islande). Entre-temps, Marie Darrieussecq a terminé sa psychanalyse et s'est remarié en 2000 avec un astrophysicien. Elle a deux enfants, un garçon et une fille nés respectivement en 2001 et 2004. Elle a soutenu publiquement la candidate socialiste Ségolène Royal lors de la campagne pour l'élection présidentielle de 2007. Elle termine actuellement une traduction des Tristes d'Ovide, à paraître fin 2008 chez POL. Le dernier roman de Marie Darrieussecq, Tom est mort, fait en ce moment l'objet d'une polémique avec Camille Laurens qui l'accuse, dans un article intitulé Le syndrôme du coucou publié par La Revue littéraire (éditions Léo Scheer), de s'inspirer un peu trop librement de l'un de ses livres, Philippe (POL, 1995), qui relate une histoire identique: celle d'une mère qui voit mourir son enfant (histoire autobiographique pour Camille Laurens). En 1998, la romancière Marie NDiaye l'avait déjà accusé, sinon de "plagier" du moins de "singer" deux de ses livres à propos de Naissance des fantômes. Copyright © La République des Lettres, vendredi 24 août 2007

http://www.republique-des-lettres.fr/10031-marie-darrieussecq.php in

La République des Lettres

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L’HUMANITÉ DES DÉBATS Solitude des futures mères
PAR SOPHIE MARINOPOULOS, PSYCHOLOGUE CLINICIENNE ET PSYCHANALYSTE (*).

Le déni de grossesse est un processus grave et qui n’est pas récent. Il s’agit d’une non-prise de conscience de la réalité. Il y a une altération de la représentation de l’enfant : la femme se dit « je ne suis pas enceinte, il ne se passe rien ». Le phénomène peut parfois perdurer durant les neuf mois. Au moment de l’accouchement, la mère se trouve alors confrontée à une réalité qu’elle ne peut plus affronter. Elle va vouloir l’annuler. Il existe également un autre processus, appelé dénégation qui, pour sa part, prend en compte cette réalité. On se situe dans le « je sais mais je ne veux pas savoir ». Il n’y a pas cependant, là encore, de représentation de l’enfant. Dans les cas les plus dramatiques, on en arrive à l’infanticide. Il n’y a pas de catégorie sociale plus touchée qu’une autre. Le psychisme ignore le social. Nous sommes tous fabriqués de manière identique, avec un inconscient qui possède une « alimentation » et une histoire propres. Toutes les tranches d’âge, tous les milieux sont donc concernés, y compris les mères qui ont déjà eu des enfants. Dans ce dernier cas, on constate néanmoins qu’il y avait eu précédemment des annonces de grossesse tardives ; le phénomène n’était pas entièrement nouveau. Toutefois, il n’y a pas d’explication toute faite : cessons de chercher des éléments de réalité dans des histoires psychiques. On aimerait avoir une explication rationnelle, s’apercevoir que la mère a été maltraitée, qu’elle est pauvre, et « justifier » ainsi ses actes postérieurs. Or, on se situe dans le domaine du psychisme. La psychanalyse a montré que toutes les mères considéraient le nourrisson, au moment de la naissance, comme un objet et non comme une personne. Pour ces femmes qui vont jusqu’à tuer leur progéniture, une fissure apparaît cependant au moment de la grossesse. Le travail traditionnel de maternité ne commence en effet pas au moment de la mise au monde. Durant neuf mois, la mère va imaginer son enfant, le mettre en scène, lui faisant prendre une représentation humaine. Il devient un sujet, un être différencié. Il n’y a pas tout cela dans le cas des mères infanticides. Elles n’ont pas construit un personnage. Le bébé décède parce qu’il n’a jamais été, au cours de cette période, un être humain à part entière. Il est traité comme un déchet. L’entourage va souvent adhérer au déni de la mère, même s’il peut y avoir un soupçon. Il est intéressant du reste de constater que les personnes qui doutent ne vont pas aller vers la femme pendant la grossesse mais vont agir après l’accouchement, par exemple en appelant la police. Elles font ainsi venir le réel par l’extérieur et ne parlent que dans l’après-coup. Dans ce genre de couple, on voit souvent qu’il n’y a pas beaucoup de d&eac

10/01/2008
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