...fellini.huitetdemi.godard.lemépris.polanski.lepianiste.jarmush.deadman.joëlethancoen.fargo.visconti.lesdamnés.josephlosey.theservant.joycemcbougal.carlgustavjung...

Archives... etc 2007

Archives etc 2007

 

Presse grand public, psychanalyse et internet...








 

  La psychanalyse et des écrits de psychanalyse ou de psychanalystes parus dans la presse et sur internet .... Regards, réflexions, expressions... Réactions ... propositions ... et autres intentions ...
Comment la psychanalyse est-elle perçue dans la presse écrite, par la presse écrite, et comment se laisse-t-elle percevoir à travers la presse... Où se situe-t-elle? Où s'immisce-t-elle?

 

Archives... etc, 2007... Dans le même esprit que les années précédentes, vous trouverez, ci-dessous, de nombreux articles et autres propos, parus dans la presse papier ou mis en ligne par le support d'origine, en relation avec la psychanalyse. Qu'elle y soit évoquée comme simple référence ou abordée de façon plus substantielle. Ces articles rendent compte de son actualité et des réflexions qu'elle soulèvent, comme des mouvements qui la traversent, des humeurs qui l'agitent... et des débats qu'elle suscite.
Moins nombreux qu'ils ont pu l'être jusqu'ici, depuis 2003, à la suite de "l'affaire de l'amendement Accoyer", ils ont retenu notre attention au hasard du fil de nos lectures. Nous les portons à votre connaissance sans aucun dessein d'exaustivité. Ni partialité ni impartialité!
Faire-part ou invitation au partage... S'ils vous étonnent, vous interrogent ou vous surprennent, n'hésitez pas à communiquer à votre tour vos réactions ...
L'ordre de présentation, dépendant de celui de nos lectures, ne respecte pas toujours la chronologie ... Les dates de publication mentionnées restent les meilleurs repères.
Il n'est pas impossible qu'un article se retrouve en double...
Sautez-le, passez au suivant, ou ... prenez le temps de le lire une seconde fois .... Pourquoi pas?
A quoi bon nous en tenir rigueur... ?
L'ensemble de ces articles peut permettre, nous semble-t-il, à tout un chacun de se faire une idée de la spécificité de la psychanalyse, de la richesse de son apport.
De sa place et de son rôle aujourd'hui, dans le monde "psy", comme dans un cadre de la vie sociale et culturelle.
De ses limites aussi. Ou de ses risques? Oui.
Et pourquoi pas, des dissensions et autres travers qui animent certains psychanalystes ou certains adversaires de la psychanalyse, détenteurs de Vérité ou partisans de la suprématie absolue et définitive d'une pratique sur une autre!
Autrement dit, cette lecture peut être envisagée comme un reflet de ce que la psychanalyse est susceptible d'apporter... à chacun ... sans pouvoir le garantir.
Et puis... ces articles, à titre d'information préventive, peuvent être abordés comme autant d'éléments d'une protection au moins aussi valable que celle proposée par l'auteur d'un texte de loi qui nous semble, mais pourquoi pas, opportuniste... et non garant véritable de quoi que ce soit ...
A chacun de le dire, de le vivre, de le lire, de l'écrire, de le ressentir. À chacun d'aller pour le mieux et pour son bien à la rencontre de l'inconnu en soi. Les lois essentielles sont, que nous le voulions ou on, déjà écrites. À chacun de les découvrir et de les respecter... C'est le plus souvent suite à une de leur inavouable ou inavouée transgression que l'on a recours à la psychanalyse... Puisse la lecture de ces propos confirmer la nécessité de s'entendre avec l'esprit des lois, et encourager le lecteur à mieux les respecter



Les articles qui suivent sont le résultats de nos récoltes entre Janvier 2007 et juin de la même année. Cela ne veut pas dire qu'ils sont tous parus durant cette période. Bien que cela s'avère la plupart du temps...





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Commencer l'année 2007 par un dossier - paru dans la presse fin 2006 - et qui met en cause la psychanalyse sans pour autant la desservir est une aubaine...





«Sigmund Freud s'est trompé en pensant avoir découvert l'inconscient. Ce qu'il a découvert, c'est le conscient.»
Neuroscience-fiction
Pour Lionel Naccache, nous sommes constamment en train de scénariser le réel.
Par Natalie LEVISALLES
QUOTIDIEN : jeudi 21 décembre 2006
Vous avez explosé la théorie de l'inconscient freudien.
Que faites-vous du reste de la psychanalyse ?
J'ai eu envie de mettre entre parenthèses le contenu de la théorie freudienne pour voir si on pouvait mettre à nu quelque chose de l'activité analytique. Et, quand on fait ça, c'est spectaculaire, quelque chose apparaît, qui est, je crois, le coeur de l'oeuvre freudienne : on voit la posture du psychanalyste. Le psychanalyste, c'est un bonhomme qui, lorsqu'il est confronté à un phénomène de la vie mentale, la sienne ou celle d'un autre, est dans une posture où il ne cherche pas à décrire, il cherche à interpréter, à construire un sens. Ce qui compte, c'est : ce que je raconte, est-ce que ça fait sens ou pas, par rapport à ce qu'on me donne. Pour moi, l'inestimable héritage de Freud est précisément cette posture consciente interprétative.
Quand vous faites ça, la question de savoir si ce que vous dites est vrai ou faux n'est plus pertinente, ce qui compte, c'est : est-ce que ça vous aide à produire du sens. Vu sous cet angle, le travail de la psychanalyse est un travail sur les fictions : on les recueille, on y fait attention et on essaie d'aider l'analysant à déplacer ces fictions si elles sont pathogènes pour lui, si elles le fixent quelque part. Le travail psychanalytique est une tentative d'aider l'analysant à utiliser ses ressources fictionnelles pour retrouver davantage de liberté dans ses actions et pensées. L'exemple du rêve est assez génial. Pour Freud, clairement, ce n'est pas le matériau du rêve qui est le plus important, c'est ce que le sujet fait du rêve, comment il le raconte. C'est dans la narration même du rêve qu'on voit apparaître le travail de la conscience du sujet. Cette posture-là est, je pense, le propre de la psychanalyse, envisagée comme une thérapeutique, mais aussi comme un rapport à soi, ou une source de connaissance.
Si je compare Freud à Christophe Colomb, c'est parce qu'il a fait une immense découverte, et, en même temps, il ne l'a pas tout à fait explicitée comme telle. Contrairement à ce qu'on pense, Freud n'est pas le découvreur de l'inconscient, mais d'une des propriétés fondamentales de notre vie consciente : lorsque nous sommes conscients, nous construisons du sens.
Si on vous suit, quelles sont les conséquences pour la psychanalyse ? 
D'abord, un constat : la psychanalyse est un travail de construction de nos fictions conscientes. Freud est vraiment le découvreur du fait que, lorsque nous sommes conscients, nous passons notre temps à construire des fictions, à chercher des causalités, à scénariser le réel. Ensuite, une question se pose. Si on prend au sérieux ce que je dis, quel est le lendemain de la psychanalyse ? Qu'est-ce que c'est qu'une psychanalyse qui accepte et qui comprend ça ? Mon intuition ­ et certains des échos que j'ai eus le confirment ­ est que certains analystes fonctionnent déjà comme ça, ils ont cette vision de leur pratique et de ce qu'ils manipulent. Par ailleurs, je suis assez sceptique sur les tentatives d'envisager une cure psychanalytique qui serait mâtinée d'une approche neuroscientifique, ce n'est pas intéressant. Parce que le propre de la psychanalyse, c'est de plonger au coeur du sujet, avec ce qu'il est. Et, quand on est au coeur du sujet, on n'est pas dans des neurones ou des molécules, on est dans des croyances et des fictions.
En revanche, si on me suit quand je parle de l'importance de la fiction, on peut se demander quelles sont les conséquences pour les neurosciences. Cette interprétation fictionnelle, c'est une des pièces manquantes des théories scientifiques contemporaines de la conscience. Et, lorsqu'on relit les connaissances actuelles en neurosciences, on ne peut qu'être frappé. Parce que, en fait, on dispose déjà d'une neurobiologie de la fiction, même si elle ne dit pas son nom. Grâce à Freud, on peut déjà établir la véracité de cette propriété dans la conscience. L'étape suivante, c'est d'aller plus loin dans la recherche en neurosciences.
Cette faculté de scénariser le réel, dites-vous, on la voit à l'oeuvre, d'abord chez les malades, ensuite chez nous-mêmes. 
Chez les malades, une fois qu'on commence à chercher, c'est spectaculaire ce qu'on trouve. L'histoire la plus merveilleuse est peut-être celle racontée par le neurobiologiste Gazzaniga (voir ci-contre), où on voit la naissance d'une fiction en labo. Mais on trouve ce genre de fiction dans quasiment toutes les maladies neurologiques. Dans le syndrome de Korsakoff, une forme d'amnésie où le patient n'enregistre plus rien, si on lui demande «Vous avez fait quoi hier soir ?» au lieu de répondre «Je ne sais pas», il va inventer quelque chose, raconter qu'il était au cinéma avec un ami par exemple. Ce qui est extraordinaire, c'est que les patients neurologiques nous mettent sous les yeux ce que nous avons retenu de Freud : la place des fictions dans nos pensées et nos discours conscients. On le voit d'autant mieux chez eux que leurs constructions sont fausses. Mais fictif ne veut pas dire faux. Simplement, quand c'est faux, c'est plus facile à voir.
Cette croyance-interprétation fonde largement l'économie de notre vie mentale, chacun d'entre nous est en permanence en train d'élaborer des hypothèses, des constructions, des fictions. La seule vraie différence, c'est que, lorsque vous êtes neurologiquement sain, vos fictions sont contraintes par le réel. Nous incorporons les données du monde extérieur pour corriger nos scénarios, pour mettre à jour nos fictions. La fiction est souvent difficile à voir, mais elle apparaît dans les situations où la réalité extérieure a peu d'effets : les souvenirs anciens, les hypothèses sur les extra-terrestres, les croyances religieuses... Nous ressemblons alors davantage aux patients qui déploient leurs interprétations à l'abri de pans entiers de la réalité.
Vous parlez du libre arbitre. 
Si on regarde les choses du point de vue de la conscience et qu'on se demande où se loge la liberté humaine, il y a quelque chose de vertigineux. On peut se dire : on manipule des fictions, on y croit, elles guident notre vie, et, en même temps, elles sont illusoires, ce sont des faits de croyance. Et pourtant, du fait même qu'on y adhère, ces fictions nous permettent de gouverner des comportements, des décisions. Peut-être que notre seul ressort de liberté, c'est ça, cette illusion première. Notre liberté est quelque chose d'infime, mais c'est là qu'elle se joue, sur une illusion qui nous donne une toute petite marge de manoeuvre. Cela relativise la notion de liberté, et pourtant, cette part de fiction est la source même de notre liberté.





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«Sigmund Freud s'est trompé en pensant avoir découvert l'inconscient. Ce qu'il a découvert, c'est le conscient.»
Clause de conscience
L'inconscient freudien est-il compatible avec les neuro-sciences? Entretien avec Lionel Naccache.


Par Natalie LEVISALLES
QUOTIDIEN : jeudi 21 décembre 2006
Lionel Naccache Le Nouvel Inconscient. Freud, Christophe Colomb des neurosciences Odile Jacob, 464 pp., 29 €
La scène se passe dans un laboratoire américain. A la suite d'une lésion cérébrale, un malade, G.Y., est devenu aveugle dans la partie droite de son champ visuel. Si on lui présente une image, un visage par exemple, et qu'on lui demande ce qu'il voit, il répond : «Rien, bien sûr !» Mais si on insiste : «D'accord, mais quand même, ce visage, il est apeuré ou neutre ?», G.Y. répond, au hasard, croit-il, mais sans jamais se tromper. La raison de ce phénomène stupéfiant, explique le neurobiologiste Lionel Naccache au début de son livre, le Nouvel Inconscient, c'est que la partie du cerveau qui lui permet de voir consciemment a été détruite. Mais d'autres régions ­ celle qui permet de voir inconsciemment, celle qui permet de reconnaître les émotions ­ sont intactes, même si leurs performances ne peuvent accéder à la conscience. Voici une expérience parmi les dizaines que Naccache raconte et qui l'aident à faire petit à petit apparaître devant nos yeux ce qui, dans nos pensées et comportements de chaque instant, est conscient et ce qui est inconscient, ce qu'est la conscience et ce qu'est l'inconscient. Une exploration qui démarre dans le monde des neurosciences et qui emmène le lecteur jusqu'à la psychanalyse.
Lionel Naccache, 37 ans, est un spécialiste de la conscience, c'est un concept qu'il fréquente quotidiennement. En tant que neurologue, il voit tous les jours des malades qui, d'une manière ou d'une autre, ont des troubles de la conscience. En tant que chercheur en neurosciences cognitives, il travaille depuis des années sur des expériences qui permettent d'isoler les particules élémentaires de la conscience, et de l'inconscient. «Sommes-nous capables de parler de la conscience autrement qu'en termes subjectifs ?» demande-t-il au début de son livre. La suite montre que la réponse est évidemment oui. La conscience et l'inconscient ont longtemps été la propriété exclusive de la philosophie, puis de la psychanalyse. Depuis une vingtaine d'années, avec l'arrivée de la neuropsychologie clinique et des techniques d'imagerie qui permettent de voir le cerveau penser en temps réel, ils appartiennent aussi aux neurosciences. Dans les premiers chapitres, Naccache commence par nous dévoiler, une à une, les propriétés du conscient et de l'inconscient neurologiques et cognitifs. Certaines nous semblent évidentes, d'autres moins. On apprend ainsi qu'est conscient ce qui est rapportable («je vois un oiseau», «je pense à mes vacances»), que l'évanescence est la marque même de l'inconscient (pour qu'une représentation devienne consciente, il faut, notamment, qu'elle ait une durée minimale), que les processus inconscients sont incapables d'engendrer des pensées originales, y compris dans le fameux cas de l'idée de génie. L'intuition mathématique qui semble surgir des profondeurs de l'inconscient est toujours précédée d'un très long et très intense travail conscient, on n'a jamais vu d'idée mathématique surgir chez un charcutier, ni même chez un génie de la musique.
Pour chaque concept avancé, Naccache raconte des cas cliniques saisissants ou des expériences fascinantes d'ingéniosité et de subtilité. Il arrive que ce soit un peu technique, on peut passer, mais, la plupart du temps, on est en terrain connu, après tout ce livre nous parle de quelque chose qui nous est absolument familier : nos idées, comment elles se forment et où elles naissent. Mais, surtout, il y a dans ce livre un vrai projet pédagogique, un désir de convaincre en partageant des connaissances. On a le sentiment de participer à une discussion avec un auteur qui n'est pas seulement un chercheur brillant, mais aussi un esprit particulièrement humain et curieux.
La deuxième partie du livre met en place une confrontation de l'inconscient neurologique avec l'inconscient psychanalytique, tel que Freud l'a décrit. Naccache le dit dès le départ : il n'est pas analyste et n'a pas été analysé, il a juste beaucoup lu Freud, et il a aimé cette lecture, ça se voit. Il parle de Freud avec chaleur et empathie. Comment, se demande-t-il, quelqu'un qui était, comme lui-même, neurologue, a-t-il pu évoluer de cette manière ? «Qu'a-t-il pu comprendre d'essentiel qui permette d'établir un lien direct entre ses premières motivations et ses premières théories de la psychologie des profondeurs ? [...] Pourquoi a-t-il choisi cette voie ? Cette question ainsi entendue est à l'origine de mon envie d'écrire cet essai.» Ce qui est intéressant, c'est que Naccache utilise la démarche intellectuelle de la méthode expérimentale pour questionner les concepts et les contenus de la psychanalyse. Il met ses pas dans les pas de Freud, refait le même chemin, s'oriente avec les mêmes points de repère, qu'il regarde à la fois avec les yeux de Freud, et avec ceux d'un neurologue qui dispose des outils et des acquis des neurosciences contemporaines.
Dans un premier temps, il cherche les convergences sur l'inconscient, et il en trouve. La psychanalyse, comme la neurobiologie, décrit un inconscient riche, complexe et divers, toutes deux s'accordent sur le statut originairement inconscient de toute représentation mentale. Mais, en y regardant de plus près, c'est autre chose. Au départ, les descriptions de la conscience et de l'inconscient étaient identiques : la confrontation des thèses semblait donc légitime, explique-t-il. A l'arrivée, il ne découvre «pas seulement des oppositions radicales, mais pire», il a l'impression «de ne pas parler de la même chose». Deux exemples. Alors que Freud affirme que les représentations inconscientes sont immortelles, les neurosciences démontrent l'évanescence de l'inconscient. Mais il y a surtout le refoulement. Pour Freud, c'est un mécanisme inconscient, qui est doté de facultés de contrôle cognitif, relève de la stratégie et a une durée de vie quasiment illimitée. «Si on fait la synthèse de tout ça, dit Naccache, on arrive à quelque chose qui a une étrange ressemblance avec ce que les neurobiologistes appellent le conscient. Le gros problème, pour moi, c'est que le refoulement est un phénomène extrêmement intéressant, mais un phénomène conscient.» L'inconscient freudien est donc largement incompatible avec l'inconscient cognitif, conclut-il. Il est évident qu' «une bonne partie de l'édifice théorique freudien ne résiste pas à la lumière de la neurologie d'aujourd'hui. [...] Freud a échoué dans son projet de décentrage du psychisme humain et dans sa tentative de penser l'inconscient» .
Point final ? Pas du tout. Quand il se demande s'il reste quelque chose de la psychanalyse, la réponse est oui, bien sûr. «Freud s'est trompé en pensant avoir découvert l'inconscient. Ce qu'il a découvert, c'est le conscient.» Et, ajoute-t-il, la place centrale de la fiction dans notre économie psychique. Deux idées qu'il développe dans l'entretien ci-dessous. On peut ne pas être d'accord avec lui, mais la démonstration est troublante, extrêmement convaincante. Et surtout, on est impressionné par sa compréhension et ses intuitions incroyablement justes et fines sur la nature de la psychanalyse. On est frappé de voir que, de cette position de neuroscientifique du début du XXIe siècle, il réussit à mettre en lumière, ou à extraire, des choses qui étaient sous le nez de tous ­ psychanalystes et neuro-scientifiques ­, et que personne n'avait vues avant lui, en tout cas pas aussi explicitement.





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La loi et la psychothérapie , en Suisse

Les caisses, juge et partie sur les psychothérapies



 MICHEL SCHWERI   

Paru le Mercredi 03 Janvier 2007

SANTÉ - Depuis trois jours, les conditions posées au remboursement des psychothérapies de longue durée ont été renforcées, au grand dam des médecins et des associations de patients. Explications et réactions.


Il est déjà un peu tard pour débuter une psychothérapie. A moins de choisir le modèle «rapide». Depuis le 1erjanvier en effet, les conditions pour obtenir le remboursement de ce type de traitement sur le long terme ont été sérieusement resserrées par la révision de l'Ordonnance sur les prestations dans l'assurance obligatoire des soins en cas de maladie. Dorénavant, les caisses-maladie étudieront chaque cas dès la sixième séance de thérapie et décideront alors de poursuivre –ou non– le remboursement au-delà. Jusqu'alors, ce contrôle n'intervenait qu'à la soixantième consultation.
Pour arriver à un tel résultat, l'administration du Département fédéral de l'intérieur a inversé le droit de base et les dérogations. Jusqu'en 2006, le droit au remboursement inscrit dans l'ordonnance courrait sur 468 séances d'une heure en six ans, puis encore 26 séances par année supplémentaire. Un rapport de contrôle devait théoriquement être dressé par le médecin traitant au soixantième rendez-vous, afin d'obtenir la poursuite du remboursement par l'assureur.


Thérapie sous condition

Désormais, l'assurance obligatoire prend en charge «au plus les coûts de dix séances», précise la nouvelle mouture de l'ordonnance. Si le traitement risque de se prolonger, un «formulaire d'information» doit être adressé au médecin-conseil de la caisse-maladie après six séances déjà. Il est alors possible d'obtenir une prolongation de remboursement pour trente rendez-vous supplémentaires «au maximum». Au terme de ces 40 consultations, un rapport médical «complet» et «dûment motivé» doit parvenir au médecin-conseil pour justifier la poursuite de la prise en charge financière.
La révision n'empêche ainsi pas les psychothérapies de longue durée, mais fait intervenir le contrôle de la caisse-maladie bien plus tôt dans le développement du traitement. La prolongation de ce dernier relève dès lors d'une dérogation acceptée souverainement par l'assureur maladie –sous réserve d'une voie de recours– et non plus d'un droit formel du patient inscrit dans l'ordonnance.


Définition resserrée

La version 2007 des directives révèle encore une autre modification, moins anodine qu'il n'y paraît au premier abord, puisqu'elle touche à la définition même du traitement. Jusqu'à l'année passée, les psychothérapies remboursées devaient être effectuées «selon des méthodes appliquées avec succès dans les institutions psychiatriques reconnues». Désormais, elles devront relever de méthodes «dont l'efficacité est scientifiquement prouvée».
Ce qui est bien plus restrictif que le simple «succès» d'une thérapie. Parfois en effet, un traitement aboutit à des résultats positifs pour le patient sans que l'on sache trop en expliquer scientifiquement les raisons. Par exemple, pour toute une série de maux, l'homéopathie fonctionne. Même si son remboursement a été supprimé en 2006, précisément pour manque de preuves de son efficacité scientifique. I







Toujours en Suisse, un article à la suite du précédent sur la même page de





Le Courrier L'essentiel autrement




Les praticiens ne décolèrent pas



   PHILIPPE CHEVALIER   


«Les psychothérapies, c''est pour soigner les dames ménopausées qui ont leurs vapeurs!» La petite phrase du conseiller national (UDC) Jean Fattebert a fait le tour des cabinets de psychothérapie du pays. Pour grossière et caricaturale qu''elle soit, elle n''en a pas moins ému les professionnels. Certains d''entre eux font un lien entre cette vision méprisante et les nouvelles chicanes mises au remboursement des prestations (lire ci-dessus).
«J''ai peine à comprendre le but de la nouvelle ordonnance. Une chose est sûre, elle ne fera pas baisser les coûts», affirme Georges Gabris, médecin psychiatre exerçant à Lausanne. Selon lui, la pratique en vigueur jusqu''à présent avait le mérite d''être claire. Sauf exceptions –«rarissimes»– un patient savait que son traitement serait remboursé s''il s''en tenait au rythme de deux séances par semaine, les trois premières années, puis une séance hebdomadaire, etc. Dans le nouveau régime, «c''est le flou total», s''exclame le praticien. C''est de fait aux médecins-conseils de l''assurance qu''il reviendra de déterminer la durée du remboursement. Donc du traitement, dans la plupart des cas. Or, ceux-ci sont le plus souvent des généralistes ou des internistes. «Mais jamais des psychiatres. Comment pourront-ils évaluer les rapports du spécialiste!».


«Encore de la paperasse...»

D''après lui, la «norme» de 40 séances que l''ordonnance tend à créer ne suffit pas pour les thérapies de type analytique. «Pour faire un bon travail, sur la base d''une séance hebdomadaire, je compte en moyenne deux à trois ans», indique-t-il. Soit plutôt 80 à 140 rendez-vous d''une heure.
Le problème se pose un peu différemment pour les thérapies dites cognitivo-comportementales. Dans le cabinet de Barbara Busino-Salzmann, à Genève, la majorité des traitements s''étalent sur 15 à 60 séances. A l''instar de son collègue vaudois, la doctoresse n''a jamais eu de litige avec un médecin-conseil. Et elle pense qu''il en sera de même l''an prochain. En revanche, elle ne se réjouit guère de voir augmenter la «paperasse» (et donc les coûts), du fait des nombreux rapports et autres formulaires qu''il lui faudra rédiger dorénavant.


Psychothérapie à deux vitesses?

Les deux psychiatres interrogés signalent par ailleurs un fâcheux «effet secondaire» provoqué par l''irruption d''une tierce personne dans la relation de confiance nouée entre le «psy» et son patient.
«Nous serons obligés de dire à notre patient que la suite de son traitement après dix séance est conditionnée à la décision du médecin-conseil, qui décide souverainement. C''est très insécurisant», nous dit le DrGeorges Gabris, qui exerce à Lausanne.
A terme, le praticien voit se profiler une médecine à deux vitesses. D''un côté ceux qui devront se contenter d''une thérapie de courte durée, selon les normes revues de l''assurance de base, et de l''autre, ceux qui auront les moyens de la payer de leur poche, le temps qui leur conviendra.
Enfin, des questions liées au secret médical préoccupent encore les professionnels. Ils craignent que la pression des assureurs ne se fassent plus forte sur les médecins-conseils dans le but de leur soutirer des informations sensibles sur leurs assurés. «Il faut savoir que dès qu''une personne a consulté un psychiatre, ne fut-ce que deux jours après un décès ou un grave conflit de travail, il est considéré comme un mauvais risque. Il n''a dès lors pratiquement plus aucune chance de contracter une assurance complémentaire», rapporte Shirin Hatam, juriste au sein de Pro Mente Sana (association de défense des patients psychiques).


«Il ne faut pas voir le loup partout»

Et ce qui est vrai pour les complémentaires le serait aussi pour l''assurance perte de gain des indépendants. Dans leur cas, ajoute la Dresse Barbara Busino-Salzmann, le passage sur le divan peut se traduire par une réserve sur leur police d''assurance.
Le risque n''est d''ailleurs pas nouveau, fait remarquer la psychiatre. «Déjà aujourd''hui, lorsque j''envoie mes rapports au médecin-conseil, je dois le faire à l''adresse de l''assurance, avec la mention ''Médecin-conseil, confidentiel''. Vous croyez vraiment que c''est lui qui ouvre le courrier le matin?...»
A ces critiques, Guillermo Aréstegui, médecin s''exprimant au nom de l''Office fédéral de la santé publique, rétorque qu''«il ne faut pas voir le loup partout». Tout en admettant que le rôle du médecin-conseil est renforcé dans le nouveau système, il assure que le risque de le voir trahir le secret médical est insignifiant. Selon lui, la nouvelle ordonnance, n''est pas hostile envers les patients. Un de ses principaux objectif, dit-il, est d''éviter les traitements trop longs ou inutiles. De ce fait, on permet aussi à davantage de personnes qui en ont besoin de bénéficier d''une psychothérapie.







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Dans Libération du 10 Janvier 2007

** Rebonds
Il faut renforcer les moyens pour multiplier les interventions thérapeutiques.

Soigner les détenus fous là où ils sont, en prison

Par Franz KALTENBECK
QUOTIDIEN : mercredi 10 janvier 2007

Franz Kaltenbeck, psychanalyste à la maison d'arrêt de Lille.


« Renforcer les moyens pour soigner en détention, c'est prendre le risque de favoriser l'incarcération des malades mentaux», déclare le Dr Cyrille Canetti, psychiatre à Fleury-Mérogis, dans une interview ( Libération , 6-7 janvier 2007) donnée à propos du meurtre et de l'acte de cannibalisme commis par un détenu de la prison de Rouen sur un de ses codétenus. Je ne peux que m'inscrire en faux contre cette idée. Le problème actuel, dans les prisons où j'interviens, n'est pas qu'on y incarcère des malades mentaux : ils y sont déjà. Parmi les meurtriers et les agresseurs sexuels que j'y rencontre régulièrement, il n'y en a pas un seul chez qui je saurais écarter de façon absolument sûre le diagnostic de psychose. Les psychiatres et les psychologues travaillant en milieu pénitentiaire et relevant souvent d'autres formations cliniques que la mienne parviennent au même constat : la part de la paranoïa, de la schizophrénie et des psychoses maniaco-dépressives est écrasante chez les grands agresseurs. Les perversions qui n'y manquent pas se réduisent, si l'on prend le temps de les étudier, à des symptômes aidant ces sujets psychotiques à se maintenir dans la vie au détriment de leurs victimes.
Le Dr Canetti a bien raison de dire qu'il faut soigner ces gens, les envoyer dans les unités psychiatriques pour malades difficiles, et multiplier ces unités. Il le faut, oui ! Mais, entre-temps, on n'a pas d'autre choix que de soigner les détenus fous là où ils sont en prison. L'Etat aurait donc tort de continuer à limiter «les moyens de soin en détention».
La psychose ne signifie pas automatiquement l'irresponsabilité. Or une cour d'assises a condamné à perpétuité, avec une très longue peine incompressible, un homme qui a assassiné deux personnes. Pas surprenant, vu la gravité du crime sauf que l'acte de cet homme lui avait été imposé dans un état hallucinatoire précédé par une idée délirante de fin du monde. Si tout le monde est responsable, alors plus personne ne l'est.
La dangerosité dans notre société et aussi dans nos prisons est aujourd'hui en partie imputable à la passion de l'ignorance ambiante. On ne veut plus rien savoir sur les causalités psychiques des crimes et a fortiori pas écouter les malades emprisonnés, surtout pas ceux qui sont violents.
Certains experts ne restent que quelques minutes auprès des prévenus sur lesquels ils auront à informer la justice. Certains avocats, commis d'office, préfèrent demander la clémence à un jury, chauffé à blanc par les propos vengeurs de la partie civile, au lieu de démontrer au tribunal que leur mandant a commis son passage à l'acte dans un accès de folie. Et certains psychiatres n'ont plus la formation clinique et théorique qui pourrait leur permettre de différencier clairement entre les névroses et les psychoses, entre un délire qui pousse au meurtre et un délire qui permet au sujet de reconstruire son monde.
Il y a quelque chose d'infantile dans l'attitude de ces élites : elles attendent toujours le salut de réformes administratives ou politiques dont elles savent pourtant bien qu'elles arriveront trop tard.
C'est en écoutant les malades, aussi violents soient-ils, qu'on se donne la chance de tirer de leur parole le savoir nécessaire sur les passages à l'acte des psychotiques, pour reconnaître le degré de leur dangerosité et pour les soigner. L'intervention thérapeutique doit commencer là où ils se trouvent et même en prison. **



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idées
Michel Plon, « Un transfert avec des hauts et des bas »

Entretien

Coauteur (avec Élisabeth Roudinesco) du Dictionnaire de la psychanalyse (Fayard),le psychanalyste Michel Plon situe ces lettres dans l’histoire.

Qu’apporte la lecture de ces lettres dans la formation et le travail d’un analyste aujourd’hui ? Michel Plon. On ne peut pas imaginer qu’un praticien, quel que soit son domaine, ne connaisse pas de manière approfondie et détaillée l’histoire de sa discipline et encore moins les conditions de l’élaboration des premiers pas de ce savoir. Mais, en plus, dans le cas de Freud il se trouve que le découvreur est à la fois auteur et acteur. Freud a dit de l’échange avec Fliess qu’il constituait son « autoanalyse ». Expression assez contestable, il vaudrait mieux dire, comme le suggérait Octave Mannoni, « analyse originelle », formule qui souligne l’importance de l’interlocuteur, de la présence de Fliess comme support de l’élaboration de la théorie freudienne. Entre Freud et Fliess s’est produit ce qu’on appelle un transfert, transfert qui comme tous les transferts analytiques va connaître des hauts et des bas, des turbulences qui se termineront assez mal. Mais sans ce transfert, sans l’existence de Fliess, y compris de sa paranoïa, Freud n’aurait pas mené sa découverte jusqu’à son terme. Cette correspondance ponctue en effet deux étapes fondamentales. D’une part l’abandon de la théorie du trauma, de l’idée que les névroses hystériques étaient nécessairement liées à des événements concrets et réels
  en particulier le viol des filles par leur père. Au cours de ses échanges avec Fleiss, Freud mesure la puissance de l’imaginaire, il découvre le registre du fantasme. Et la compréhension de ce passage du trauma au fantasme restera une dimension fondatrice de toute son oeuvre. D’autre part, c’est au cours de cette période que Freud élabore pendant quatre années l’Interprétation des rêves. Les lettres nous montrent comment il avance pas à pas, il renonce, puis il redémarre en se mettant lui-même en cause, en mettant ses rêves en question et en dévoilant par là une partie de sa personnalité. Enfin, c’est au cours de cette étape que le psychanalyste esquisse cette oeuvre majeure (jointe aux lettres) qu’est l’Esquisse d’une psychologie scientifique : son vrai premier livre, par lequel il se dégage progressivement de la neurologie et fait route vers la psychanalyse. Freud n’a accepté de préserver cette correspondance que sous l’insistance de sa disciple Marie Bonaparte. Comment expliquez- vous ce comportement ? Michel Plon. Sans doute, c’est de la fausse modestie. Freud n’est pas dupe quand il prétend que publier ces lettres ne servirait à rien. On peut émettre l’hypothèse, pas tellement flatteuse, qu’il ne voulait pas que l’on prenne connaissance de ses hésitations, de ses remaniements, de ses découragements et de la dimension intime de ces lettres. Il n’a pas le regard de l’historien à l’égard de son propre travail ? Michel Plon. Pas à l’égard de cette partie de son oeuvre et dans une moindre mesure de l’ensemble de sa correspondance. Je crois qu’on peut parler d’un comportement de dénégation parce que Freud est forcément conscient de l’importance de ces textes dans la généalogie de la psychanalyse. Sa fille Anna manifestera le même comportement de rétention à l’égard d’une partie de la correspondance, qui ne sera intégralement publiée qu’en 1986.
Entretien réalisé par Lucien Degoy



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L'Humanité

Éditions du 19 octobre 2006

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l’Humanité des débats
Une nouvelle figure de la peur

Par Thierry Najman, psychiatre des hôpitaux, psychanalyste (1)

Comment la violence influe sur la construction des jeunes de banlieue ?


Notre société est actuellement fascinée par la figure du monstre. Celui-ci prend dans les médias deux formes exemplaires : le pédophile et le terroriste. Il suffit d’allumer la télévision pour s’en rendre compte. Ceux-ci captivent le regard du public. Je me demande parfois, de ma place de psychiatre-psychanalyste, si le « jeune de banlieue » ne va pas venir allonger prochainement cette liste. Il se produit en effet, de nos jours, un phénomène grave et remarquable. Traditionnellement, les enfants représentent pour les adultes ce qui existe de plus précieux. Ils incarnent l’avenir et le rêve de lendemains meilleurs. Les adultes portent ainsi, par leur regard et le désir qui vient s’y loger, cette jeunesse dont les ambitions résonnent avec les attentes et la confiance des aînés. Or, depuis quelques décennies, un point de fissure est apparu dans ce montage nécessaire entre les adultes et la jeunesse. Le jeu de miroir semble ne plus systématiquement opérer. Les adultes se représentent de plus en plus les jeunes comme des individus potentiellement dangereux. Les médias, dont le propos reflète l’opinion d’une grande partie de la population, se font l’écho de ce changement qu’ils alimentent volontiers. Mesure-t-on suffisamment les conséquences d’un tel retournement ?

« L’adolescent de banlieue » est devenu le paradigme de ce processus à l’oeuvre. Il brûle les voitures, agresse la police et, une fois devenu adulte, vient gonfler les rangs des chômeurs que la société doit nourrir et soigner, lorsqu’elle ne doit pas financer des prisons pour incarcérer le monstre. Au fond, ce qu’il est possible de déchiffrer dans le discours des adultes, c’est la peur. Et là encore, mesure-t-on suffisamment ce qui se produit lorsque les adultes commencent à avoir peur de leurs enfants ? Que se passe-t-il lorsque dans une famille les pères et les mères ont peur de leurs fils et de leurs filles ? Qu’est-ce que les parents peuvent ainsi craindre chez leur progéniture si ce n’est quelque chose d’eux-mêmes ? Quel retentissement peut-on en attendre sur les enfants, sur leur construction subjective ?

Car, finalement, de quoi ont-ils besoin ces « jeunes de banlieue » qui inquiètent tellement les pouvoirs publics à l’approche de la date anniversaire des événements de novembre dernier ? Et comment serait-il possible de pacifier le fauve en liberté dans les ailleurs de ces zones frontalières des grandes villes de France ? La réponse tombe sous le sens : ces adolescents ont besoin que les adultes leur fassent à nouveau confiance et écoutent ce qu’ils ont à dire. Ils ont besoin que les adultes leur fassent confiance, tout simplement parce qu’ils sont les fils et les filles des adultes de ce pays. Surtout, ils ont besoin que les adultes leur fassent sentir cette confiance et les espoirs qu’ils logent en eux. On sait que le meilleur moyen pour agiter un fauve, c’est de lui faire sentir qu’on a peur de lui. Et le meilleur moyen d’agiter un enfant ou un adolescent, fût-il de banlieue, c’est de lui faire sentir que l’adulte en face est angoissé et tremble devant lui ; ce que ne manque pas de faire l’actuel ministre de l’Intérieur en renforçant perpétuellement les mesures coercitives et en multipliant les projets de prévention contre les délinquants en puissance que représentent ces jeunes à ses yeux.

Que peuvent entendre les jeunes, entre les lignes des propos de Nicolas Sarkozy, si ce n’est de l’angoisse, cette angoisse réveillée par les adolescents eux-mêmes. Le concept de « prédélinquant » vient malheureusement illustrer ce que valent les enfants et les adolescents de nos banlieues pour beaucoup de nos représentants politiques. Dans la situation habituelle, c’est le rôle des adultes que de rassurer les enfants et de ramener la sérénité dans les foyers. Il est légitime de s’interroger sur ce qu’a pu vivre le ministre de l’Intérieur lui-même pendant sa propre adolescence, pour être ainsi terrorisé par ce que réveille en lui ces « prédélinquants » et cette « racaille de banlieue ». Il est probable que quelque pulsion ait brûlé dans son corps à cette occasion, quelque pulsion dont il a probablement eu certaines difficultés à juguler le « feu ». Si ce feu est venu se concrétiser pour lui sous la forme de « migraines » qui l’ont parfois contraint, encore récemment, à annuler des rendez-vous importants, il n’est pas obligé d’en faire régler le solde à ces adolescents qui n’ont trouvé d’autres « voix » pour faire connaître leur malaise que celles que leur ménagent les adultes responsables de notre pays.

(1) Coauteur, avec Nazir Hamad, de Malaise dans la famille. Entretiens sur la psychanalyse de l’enfant (Eres, 2006).




Article paru dans le même journal, que le précédent à la même époque: dans l'édition du 21 octobre 2006.

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L'Humanité

octobre 2006

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Écriture: Littérature, inconscient, et psychanalyse. La psychanalyse en contestation: appréciée à sa juste valeur mais remise à sa juste place...



Un entretien avec Hélène Cixous paru dans Télérama en janvier 2007

Je suis d’abord un auteur de textes qui n’ont pas de nom”
Qu’elle évoque sa mère, la psychanalyse, le théâtre avec Mnouchkine ou qu’elle défende la littérature, l’écrivain Hélène Cixous fait entendre une voix toujours singulière.

Incantatoire, prolifique, malicieuse, à vif. Depuis presque quarante ans, Hélène Cixous tisse une œuvre littéraire inclassable. Elle préfère le mot « indécidable ». A ne pas confondre avec indécise : Hélène Cixous avance sûrement, défrichant mémoire intime et mémoire collective avec la même obsession de la perte et de la dislocation. Polyglotte depuis son enfance en Algérie, entre un père d’origine espagnole et une mère juive allemande, c’est une guerrière à la voix douce qui n’a toujours eu qu’un leitmotiv : résister. Résister aux modes, en imposant une écriture poétique toujours énigmatique et mouvante. Résister aux raideurs de l’histoire, avec un engagement féministe qui la poussa en 1974 à créer le Centre d’études féminines de l’université de Vincennes. Résister aux dérives du monde, en écrivant pour le Théâtre du Soleil des pièces engagées sur le scandale du sang contaminé (La Ville parjure), ou la douleur de l’exil (Le Dernier Caravansérail). Hélène Cixous parle comme elle écrit, sur un ton chantant et feutré, alliant l’anecdotique et l’essentiel, pour suivre les soubresauts d’une réflexion en perpétuel mouvement. Son « sansbruit » tonne.? ?Vos livres parlent souvent de la mort. Votre premier deuil fut celui de votre père. Dans Osnabrück (1), vous avez même écrit : « Je viens d’un mourir, je viens du mourir de mon père… »?J’ai perdu mon père à 10 ans. Il y eut un fracas, un éclair. Brusquement, le monde avait disparu. Je ne savais plus où mettre les pieds. C’est ce qui est effrayant avec la mort d’un être cher. En disparaissant, cette personne qui est logée en vous, dans vos poumons, dans votre crâne, emporte le monde avec elle. Heureusement et malheureusement, la vie se reconstitue, surtout quand on est jeune, de même que les tissus du corps humain se régénèrent. La douleur reste toujours vive, mais elle devient une compagne, on vit avec elle. On lui parle et elle vous parle. Par la suite, cette douleur se répétera plusieurs fois, comme si c’était la première fois. Ce qui est terrifiant, c’est qu’on peut perdre LE monde (il n’y en a qu’un) plusieurs fois. Notre finitude, c’est ça : plus d’une mort dans la vie.? ?Votre acuité extrême à la mort est-elle toujours en activité, ou est-ce l’écriture qui la ravive ??Je crois qu’elle ne dort jamais. L’écriture non plus. Je ne suis pas hantée par la mort, j’en suis traversée. Je suis le lieu d’un combat entre la vie et la mort. Au centre de cette scène, il y a ma mère, une géante de la vie, ce que je ne suis pas. Je m’effondre. Elle va au supermarché. Elle a une façon concrète d’accepter le destin, qui lui a toujours été bénéfique, puisqu’elle est encore là, avec ses 96 ans dans son sac à dos. Elle n’a pourtant pas manqué d’épreuves. Elle a survécu au nazisme, une large partie de sa famille ayant été déportée. Elle a eu l’inspiration, toute jeune, de quitter l’Allemagne hitlérienne. Elle perd son mari. Réinventant une forme de vie, elle devient sage-femme en Algérie. Ensuite, elle en est expulsée en vingt-quatre heures. Elle perd un deuxième pays… Elle recommence en France ! Elle a une force d’obéissance à une loi mystérieuse qui lui assure la survie. Elle me prévient calmement de sa fin, mais jamais sur un mode pathétique. Elle me donne des instructions, comme elle me donnerait une recette pour faire cuire le poisson. Aussitôt, mes oreilles se ferment, je sombre dans une douleur prémonitoire qu’elle n’a pas. Elle se fait du souci pour moi. Qui va me préparer les haricots verts ?? ?Vous définissez le titre de votre dernier livre, Hyperrêve, comme un état dans lequel on finit par trouver une réponse à la mort. Comment parvient-on à cet état ??Je ne sais pas s’il y a un moyen conscient, maîtrisable. C’est un état de méditation active, d’invocation, d’appel. Cela n’a rien à voir avec une pratique magique. Je ne crois pas au travail de deuil dont parle la psychanalyse. On ne doit pas enterrer, on doit retenir l’être qui est parti. Il m’arrive de retrouver mon père en rêve. Le rêve ne connaît pas la contradiction. Il me dit : « Oui, ton père est mort, mais il est vivant aussi puisque tu le vois. Il est vivant tout le temps que va durer cette vie accordée. » J’éprouve alors une joie folle, mélangée à un intense chagrin. En général, on oppose tristesse ou joie, mémoire ou oubli, vie ou mort. Alors que le plus fort de nos expériences psychiques se passe là où les contraires se mélangent. Lorsque Jacques Derrida a fait ce pas dans l’au-delà en 2004, l’état d’urgence de la pensée s’est déclaré en moi. Il s’est produit des phénomènes de revenance d’une qualité singulière. On ne peut pas vaincre la mort, mais on peut en déjouer la version terminale, d’effacement total. Ce qui est accordé à tout être humain qui veut bien la recevoir, c’est l’intermittence. C’est comme si les morts avaient des permissions brèves à l’intérieur de nous. Cela demande une énergie surimpossible d’imaginer l’inimaginable pour aller au-delà de l’au-delà. Il faut rester réceptif aux signes, puissamment vouloir.? ?Le philosophe Jacques Derrida a beaucoup écrit avec vous, et sur vous. Que vous a-t-il appris sur votre écriture ??Il me l’a accordée. Avec une générosité unique au monde. Il a été mon premier lecteur. Il a conté l’effroi qu’il a éprouvé devant mes premiers textes, qu’il appelait « olni », objets littéraires non identifiés, et il m’a prédit que j’allais me faire casser la figure. Sa peur ne m’a pas fait peur parce que c’était une peur de reconnaissance, d’acquiescement. Sa confiance m’a épargné ces moments où j’aurais pu trembler, à force de recevoir des discours censurants. Il m’a sauvée d’un grand danger : l’intériorisation de la censure. Il m’a donné la force de faire face.? ?La première fois que vous l’avez rencontré, vous ne lui avez pourtant pas fait face, puisqu’il était de dos. Comment ce dos a-t-il pu changer le cours de votre vie ??Ce dos était une voix. J’avais 18 ans, je venais d’arriver en France. J’étais vraiment dans l’enfer, dans le chaos absolu. Par hasard, je suis entrée dans un amphithéâtre de la Sorbonne, où quelqu’un que je ne connaissais pas, Jacques Derrida, était assis de dos, en train de passer l’oral de l’agrégation de philosophie. Il se trouve que le sujet était « la pensée de la mort », qui m’occupait entièrement depuis la disparition de mon père. Ce que disait la voix me paraissait être LA voie dont je voulais qu’elle soit perpétuelle. C’était mon langage, c’était mon monde. Le fait de « nonvoir » Jacques Derrida fut absolument déterminant, dans la mesure où c’était une forme de présence abstraite. Rien ne pouvait faire obstacle entre son discours et la réception que je pouvais en avoir, puisque cette voix incarnée, pensante, n’était pas quelqu’un de précis. Le nonvoir est une façon autre de voir. Pour moi, qui suis une aveugle de nature, c’est essentiel. Je suis quelqu’un qui entend. Plus tard, Jacques Derrida s’est mis à raconter cette histoire, alors qu’il n’y avait pas assisté. Il a donc raconté une scène où lui aussi avait été aveugle. C’est une scène primitive par excellence, qui a marqué tout le tissage du rapport entre nous. Un rapport de confiance absolue, d’amitié illimitée, qui passait principalement par la voix, par le texte. On s’est fait confiance les yeux fermés !? ?Lorsque vous écrivez, vous arrive-t-il de vous laisser emporter par l’ivresse des mots au point d’être dépassée par la pensée ??Il arrive à ma pensée de penser plus loin qu’elle-même, à l’aide des mots. Mais sans pensée, les mots ne sont rien. L’écriture puise au réservoir bouillonnant des langues. Pour écrire, il faut avoir une langue qui a des langues. Il se trouve que j’ai été dotée dans mon enfance de langues au pluriel. J’ai eu ça dans la bouche, dans l’oreille, dans le corps. La pensée ne peut aller plus loin qu’elle-même que si on lui fournit le plus vite possible les mots qui vont lui permettre de traduire ce qui est d’abord perçu comme une lumière lointaine.? ?Vos textes sont pleins de digressions. Est-ce une façon de suivre le cheminement de la pensée ou de la canaliser ??La pensée a ses rythmes, qui sont commandés par les escalades qu’elle est amenée à faire. Tantôt on procède par bonds, on saute sur une idée, par phrases courtes ; tantôt on est obligé de descendre ou de monter, à la façon de Dante faisant le tour d’une montagne. Il y a des lacets, on est épuisé. La pensée trace elle-même son rythme, étire ses fils. Ce qu’on apprend à faire, c’est à ne pas résister, à ne pas être un juge arbitraire disant « on doit écrire comme ci et pas comme ça ». Il n’y a pas de loi. C’est la raison pour laquelle j’invente parfois des mots. Ainsi, dans Or (1), je fais apparaître un mot composé : « oublire ». Pour moi, lire et oublier vont ensemble. Je peux lire vingt-cinq fois Le Joueur, de Dostoïevski. Non que je sois amnésique. A chaque lecture, je trouve la même chose et autre chose, le temps la change. Pourquoi parler de lire, alors que c’est oublire ?? ?Est-ce un clin d’œil au psychanalyste Jacques Lacan, grand déconstructeur du langage ? Il y a quelque chose de très lacanien dans votre amour du jeu de mots…?On utilise inconsidérément le mot « lacanien », comme si Lacan avait inventé un procédé dont il n’est qu’un fin utilisateur. Je préférerais que vous disiez que je suis shakespearienne, ou joycienne, cela serait beaucoup plus proche de ma réalité. La littérature anglaise, la plus grande, celle de l’époque de Shakespeare, joue avec les mots. Il suffit de lire John Donne, un immense poète anglais du XVIIe siècle. Comme tous les poètes métaphysiques, il fait travailler les mots. A commencer par son propre nom, Donne, qui fait entendre à la fois « fait », « mort », « foutu », « cuit ». On attribue souvent à la psychanalyse ce qu’elle aura emprunté à la littérature. Freud lui-même l’a dit : la littérature est la voie royale de la psychanalyse. Le mot «  nconscient » vit dans Proust ou Balzac. J’aime lire des ouvrages de psychanalyse, ce sont d’admirables romans. Pour moi, la psychanalyse a une importance immense, comme Homère et la Bible, mais elle n’est pas le tabouret sur lequel je suis montée. J’insiste parce que je suis une habitante de la littérature, dont je veux défendre la puissance et la nécessité. Les textes littéraires dignes de ce nom ont en leur secret toute la philosophie et donc la psychanalyse. Mais il faut savoir les lire. Aujourd’hui, la littérature est menacée d’exil, marginalisée par la marchandisation du livre, à laquelle se sont rangées la plupart des maisons d’édition. On ne publie pas un livre qui « ne se vend pas », qui demande un effort, mais un livre assurément déjà lu, vendu, cuit… Je ne crois pas pourtant qu’elle va disparaître. L’humanité aura toujours besoin du souffle poétique. C’est notre bien commun. Mondial, mais minoritaire. A la fois très puissant et très fragile.? ?Comment vous partagez-vous entre l’écriture théâtrale et l’écriture de romans ??Je suis d’a

28/06/2007
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