Chaque visage est le Sinaï d'où procède la voix qui interdit le meurtre - Lévinas

Edouard Zarifian, psychiatrie, médicaments et psychanalyse ...

Psychanalyse, psychiatrie, psychothérapie et pharmacologie...

Edouard Zarifian ou le courage d'un médecin de formation de réviser ses positions, de renoncer au confort ... du conformisme et de bouleverser les idées reçues en inaugurant une parole autorisée de celui qui connaît de l'intérieur ce dont il parle et qui dénonce ainsi les abus intrinsèques à ce monde peu clément qu'est celui des industries pharmaceutiques ...

Quand les traitements médicamenteux (médicamentaux...?) sont dénoncés par un psychiatre, souffle un vent léger telle une promesse qui autorise ceux qui souffrent à espérer ...
La guérison et le désir de guérir ne seraient plus de vaines expressions...
La chimie artificielle n'a pas en effet à se substituer à une (al)chimie naturelle jusqu'à en devenir une chimie sacrificielle !
Oui l'écoute de la souffrance singulière modifie la chimie du corps avec le consentement du sujet, quand les traitements médicamentaux - lorsqu'ils sont distribués sans scrupules au non d'un pouvoir scientifique - agissent à son insu en sollicitant sa soumission. Tandis que les progrès en biologie bien compris peuvent se conjuguer avec les bienfaits de la découverte de l'inconscient en matière de santé... !




Edouard Zarifian est décédé
Publié le 21/02 à 11:59
Professeur de psychiatrie à l'université de Caen, Edouard Zarifian est décédé ce matin à l'âge de 69 ans.



Dernière apparition du psychiatre sur notre antenne dans "Samedi matin" le 13 mai 2006. - France 3 Normandie

C'est ce matin vers 9h00 qu'Edouard Zarifian est décédé à Caen des suites d'une longue maladie. Il s'est rendu célèbre à la fin des années 1980 en dressant un constat d'échec d'une psychiatrie qui ne serait basée que sur des traitements médicamenteux, et ferait l'impasse sur la question de la "folie" dans la société, de la souffrance subjective.


Dans une première partie de son parcours, Edouard Zarifian a étudié la question de la psychopharmacologie et des traitements biologiques de la maladie mentale, avec des recherches faisant autorité dans le domaine. En poste à Clermont-Ferrand, puis nommé à Caen comme Professeur et chef de service, il oriente tout son travail à la fin des années 80 vers la psychothérapie psychanalytique, non sans avoir dénoncé au passage l'influence massive de la puissante industrie pharmaceutique sur la construction du savoir médical en psychiatrie, et sur les prescriptions médicamenteuses.
Edouard Zarifian a également été nommé par le Ministère de la Santé pour procéder à de grandes études nationales sur la consommation de psychotropes en France, attirant déjà l'attention sur la surconsommation française de psychotropes au travers d'un rapport publié en 1996.
Il a publié de très nombreux articles scientifiques, et un certain nombre d'ouvrages, pour la plupart accessibles au grand public, témoignant d'une approche humaniste de la souffrance psychique et du soin.



--------
Dans les pages du Monde, la nécrolgie d'Élisabeth Roudinesco

Edouard Zarifian, psychiatre


Né a Asnières le 22 juin 1941, Edouard Zarifian est mort le 20 février à son domicile d'Ouistreham (Calvados) des suites d'un cancer généralisé d'origine pancréatique. Jusqu'au bout, ce grand clinicien avait suivi, en toute lucidité, l'évolution de son mal, prenant soin de son entourage plus que de lui-même, comme il l'avait toujours fait avec ses patients.


Elève du psychiatre Jean Delay (1907-1987), il s'orienta après ses études de médecine vers le courant de la psychiatrie biologique tout en se sentant l'héritier de la tradition phénoménologique et après avoir suivi une cure psychanalytique pendant deux ans.
Edouard Zarifian pensait sincèrement, alors, que les progrès des neurosciences et de l'imagerie cérébrale apporteraient une solution quasi définitive au traitement de la maladie mentale. Aussi devint-il un excellent spécialiste de biochimie et de pharmacologie.
Titulaire de la chaire de psychiatrie de l'université de Caen à partir de 1984, il occupa donc une place centrale dans les débats qui opposaient les partisans de l'approche psychique à ceux de l'approche cérébrale, soutenant que la croyance en un psychisme sans cerveau était aussi erronée que la conception scientiste d'un cerveau sans psyché : "Ecoute-moi, toi mon semblable, mon frère. Tu as peur parce que tu te crois faible, parce que tu penses que l'avenir est sans issue et la vie sans espoir (...). Pourtant tu as d'authentiques paradis dans la tête. Ce ne sont pas des paradis chimiques."
De fait, Zarifian comprit qu'il avait fait fausse route et que l'orientation purement biologique et comportementale prise par la psychiatrie mondiale avec les différentes versions du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) était une catastrophe pour la psychiatrie elle-même, puisqu'elle éliminait l'écoute de la souffrance du sujet pour ne s'intéresser qu'à la chimie du corps.
C'est la raison pour laquelle il se rapprocha de la psychanalyse, formant avec Pierre Fédida, dont il fut l'éditeur, et avec Roland Gori une solide équipe universitaire - les "trois mousquetaires" -, attachée autant aux vertus de la vraie science biologique qu'à une vision freudienne de l'homme.
Mondialement connu, notamment dans le monde anglophone, auteur de plus de 450 publications et de nombreuses émissions documentaires pour la télévision ainsi que d'une dizaine d'ouvrages qui sont des best-sellers, responsable chez Odile Jacob de la collection "Santé au quotidien", Zarifian n'eut de cesse depuis la publication des Jardiniers de la folie (1988), puis de tous ses autres ouvrages (Des paradis plein la tête, Le Prix du bien-être, La Force de guérir), de militer pour une approche humaniste et plurielle de la souffrance de l'âme.

LE PLAISIR DE L'EFFERVESCENCE

Chargé de mission en 1994 par la direction générale de la santé, puis par Simone Veil et Philippe Douste-Blazy l'année suivante, il fut l'initiateur d'une formidable réévaluation de l'utilisation de la pharmacopée en France, ce qui lui valut des haines tenaces dans le milieu médical, avec notamment la publication en 1996 d'un ouvrage qui fit grand bruit : Le Prix du bien-être. Psychotropes et société. Il y démontrait, preuves à l'appui, l'inefficacité de la plupart des traitements chimiques quand ils étaient délivrés de manière abusive et à la place d'autres approches : cure par la parole ou psychothérapie relationnelle.
Mélomane, collectionneur et bibliophile, mais aussi amateur de vins et de cigares et fin gastronome, Edouard Zarifian collaborait à de nombreuses revues de cuisine et il était membre de l'Institut de la vigne et du vin de l'université de Bordeaux.
Dans La Bulle de champagne (Perrin, 2005), il rendait hommage au moine bénédictin Dom Pérignon, qui avait su inventer, à force de travail et de créativité, un fabuleux plaisir de l'effervescence pour le plus grand bonheur des hommes. Le champagne est un mythe, disait-il en substance, aussi puissant que le mythe fondateur attaché à Philippe Pinel délivrant les fous de leurs chaînes.
C'est ce mythe et cette effervescence, "semblable à l'écume des vagues", qui resteront gravés dans la mémoire de ceux qui sont aujourd'hui les héritiers du combat mené par Zarifian.

Elisabeth Roudinesco
Article paru dans l'édition du 23.02.07





Le Monde

édition du 22 février 2007

----------------



Un psychiatre et un psychanalyste s'entretiennent... Ci-dessous un entretien entre Édouard Zarifian et Michel Plon datant du 26 septembre 2005 . Déjà cité sur le site psychanalyse en mouvement mais dont la fraîcheur reste réjouissante!!!!






"Pourquoi rallumer la guerre des « psys » ?"



À qui s’en remettre quand les repères chavirent et que le goût de vivre vacille ?

Où sont les remèdes ? S’il suffisait de quelques séances de suggestion néopavlovienne, ou d’avaler la bonne pilule, cela se saurait.


Les trusts pharmaceutiques en tout cas ne s’en plaignent pas. La psychanalyse, sans doute parce qu’elle ne croit pas aux miracles et défend une conception plutôt dialectique des rapports de l’esprit et du corps, est une fois encore accusée de charlatanerie, voire de crimes ! (voir ci-dessous). 
Michel Plon et Édouard Zarifian rappellent ici quelques vérités.???Coauteur du Dictionnaire de la psychanalyse (Fayard, 2000, avec Élisabeth Roudinesco), ainsi que d’ouvrages et d’articles consacrés à la théorie et à la pratique de sa discipline, Michel Plon est psychanalyste. Il répond à nos questions.?

?Édouard Zarifian : En quelques décennies, la psychanalyse était devenue l’une des références du débat d’idées et de l’expansion des sciences humaines dans la société. Aujourd’hui, cette place n’est-elle pas en train de changer ??

?Michel Plon: Depuis le début du XXe siècle qui vit la naissance de la psychanalyse, l’engouement dans les années vingt du mouvement surréaliste pour les idées de Freud, puis un certain « âge d’or » de la pensée, en France notamment, les années soixante et soixante-dix, période durant laquelle la psychanalyse a connu une sorte de mode mais a aussi influencé de larges secteurs des sciences humaines, c’est peu dire que la société a changé. Changements politiques - effondrement du système soviétique, assimilé à la hâte à l’idée communiste, disparition de la représentation du monde en deux « camps » -, changements économiques - triomphe apparemment inéluctable du libéralisme -, changements dans les mentalités - regain de l’individualisme, « libération » de la sexualité, recomposition de l’entité familiale : il eût été plus qu’étonnant que la place de la psychanalyse n’eût pas été modifiée en un tel contexte. Mais ces modifications, les résistances et le rejet qui font suite à un relatif engouement, doivent être relativisées, inscrites sur la toile de fond d’une résistance permanente à la psychanalyse. Freud le souligne plus d’une fois : la psychanalyse qui s’emploie à mettre au jour ce que chacun s’efforce de cacher et de se cacher est étrangement inquiétante pour un grand nombre de gens (1).?


?Édouard Zarifian : C’est au nom de la science que la contestation est menée. La psychanalyse est sommée de produire des critères d’évaluation de résultats, de présenter des protocoles de soins, de fournir la « preuve » de sa scientificité, etc. N’y a-t-il pas là un contresens ??


?Michel Plon: Oui, et pourquoi maintenant ? Pourquoi ce vacarme, par exemple, autour de la parution d’un livre qui, mis à part la vulgarité du ton et le caractère caricatural de nombre de ses procédés, reproduit pour l’essentiel le vieux débat consistant à savoir si la psychanalyse est une science ou une mythologie ? Vieux et faux débat en ce qu’il repose essentiellement sur une conception étroite, scientiste de la science et qu’il passe d’autre part sous silence le fait qu’à la différence de Freud (et de Lacan, durant un temps), la grande majorité des psychanalystes ne revendique plus une quelconque appartenance de la psychanalyse aux sciences de la nature. La psychanalyse est une pratique d’écoute de sujets, d’individualités singulières qui, pour des raisons souvent liées à leur histoire et à celle de générations précédentes, vivent mal leur vie, ne s’y retrouvent pas, s’aperçoivent qu’ils répètent des actes qui ne sont pas ceux qu’ils croyaient vouloir réaliser. C’est une pratique fondée sur le langage, la parole d’un sujet lui-même constitué par la langue, les discours, parentaux et autres, dans lesquels il a été pris. La psychanalyse ne soigne pas, ne guérit pas, tout simplement parce qu’elle ne considère pas comme des malades ceux qui veulent s’y confronter. Elle se prête à ce qu’un sujet puisse découvrir, à son rythme, ce qu’il sait inconsciemment, à savoir que si sa vie ne lui convient pas, c’est moins à l’extérieur, aux autres qu’il faut en attribuer la responsabilité, qu’à lui-même, et qu’il dépend de lui, au prix du dépassement douloureux de certaines de ses habitudes et modalités d’être, qu’un réaménagement de cette vie puisse s’accomplir. En découvrant aussi que non seulement il y aura toujours du manque, de l’insatisfaction, mais que cela constitue l’un des aspects les plus essentiels de la condition humaine. Une analyse ne peut donc constituer qu’une démarche marquée par la singularité, elle ne peut s’inscrire dans aucun système d’évaluation, aucune perspective mesurable, ni répondre à aucun souci thérapeutique : ni guérison, ni soin, la psychanalyse est porteuse d’une visée de changement, de réaménagement dans le rapport qu’un sujet a avec lui-même et avec le monde. On peut concevoir qu’à notre époque dominée par les valeurs de rentabilité, d’efficacité, de rapidité, par les soucis de standardisation, de sécurité et par la recherche d’une toujours plus grande satisfaction, cette approche apparaisse comme hors normes et à contre-courant.?


?Édouard Zarifian :  On reproche parfois aux psychanalystes de se satisfaire de la société telle qu’elle est, de valider l’ordre en vigueur (par exemple la structure de la famille, les rapports de genre....). ?Que répondez-vous ??


?Michel Plon: D’abord que la psychanalyse n’a vocation ni à réformer ni à révolutionner la société. Elle écoute ce qui du malaise social passe, se donne à entendre dans le discours des patients. Et ce qui passe n’est que rarement de l’ordre d’une revendication politique ou syndicale, c’est plus souvent une plainte, l’expression d’une angoisse, d’une détresse, qui ne sont pas terme à terme les effets du capitalisme, même si la disparition d’un certain tissu social, où dominaient les valeurs de solidarité et de fraternité, participe de cette angoisse. Néanmoins, dans la mesure où une analyse conduit un sujet à trouver, retrouver sa parole, à parler en son nom, cela peut se traduire pour lui, et c’est souvent le cas, par la constitution d’un espace et d’une prise de possession de sa place dans la société, par la manifestation d’un refus de formes séculaires de soumission. En ce sens, aussi inachevées et insatisfaisantes que puissent être ou avoir été certaines de ses conceptions - je pense notamment à la question de la féminité, de la sexualité féminine -, elle n’en a pas moins participé, avec ses contradictions, ses lenteurs et résistances, au mouvement d’émancipation de la condition féminine. Il est clair par ailleurs que bien des psychanalystes manifestent une hostilité à l’égard de nouvelles formes de vie, familiale, sexuelle, etc. en s’abritant derrière des conceptions qu’ils font fonctionner comme des dogmes intangibles, en les énonçant comme des prophéties ou des pronostics négatifs, voire dramatiques, alors qu’ils ne font que traduire leur malaise devant ces changements, leur difficulté à les saisir pour faire avancer la théorie psychanalytique.?


?Édouard Zarifian : Qu’est-ce qu’un bon psychanalyste ? Et un mauvais ??


?Michel Plon: Il peut y avoir des imposteurs, des charlatans, comme dans tout métier. Le propre d’un analyste c’est d’être au clair avec ce qu’il a pu identifier de son désir d’analyste dans le cours de sa ou de ses propres analyses, avec ce qui, de son histoire, a pu le conduire à avoir le désir d’écouter des sujets en demande d’analyse. À cela il faut adjoindre d’autres démarches, qu’il s’agisse du contrôle (supervision), procédure qui consiste pour l’analyste à aller parler avec un autre analyste afin d’entendre ce qui dans son rapport à un patient fait obstacle à son écoute, ou qu’il sdes groupes de travail et séminaires auxquels il participe. Autant de passages obligés qui sont l’occasion de se remettre en question. Est analyste celui dont la présence, dont l’écoute et les interventions ne constituent pas des obstacles à ce qu’un patient puisse faire son analyse, c’est-à-dire se trouver lui-même, se rencontrer. Cela implique de la part de l’analyste la patience, la retenue, l’intérêt pour ce qui est en train de devenir, d’advenir dans une cure, et, partant, le respect absolu de la liberté du patient. Mais il faut aussi savoir qu’un analyste ne l’est pas nécessairement pour tout le monde, que le choix de tel ou tel analyste par un sujet est en réalité l’effet du transfert, sans lequel il n’y a pas d’analyse.?


?Édouard Zarifian :Les millions d’êtres humains qui n’ont jamais entendu parler de psychanalyse sont-ils moins émancipés que les autres ? Peut-on vivre sans psychanalyse ??


?Michel Plon: La découverte de Freud et l’élaboration théorique qu’il a construite à partir de sa pratique ne sont en rien une conception du monde, encore moins une religion ou une doctrine prêchant un avenir radieux. Autant dire que personne n’est obligé de faire une analyse, que l’on peut vivre, bien ou mal psychologiquement s’entend, sans psychanalyse et que, du reste, une analyse sur injonction -, serait-elle une « injonction judiciaire de soins », est une absurdité.?


?Édouard Zarifian : Mais dans la mesure où la psychanalyse est une possibilité offerte à ceux qui ont le désir de rechercher le sens de leur existence, celui de leurs liens affectifs ou autres, on ne peut que déplorer les obstacles dressés par certains pays à l’implantation et au développement de la psychanalyse : ces pays vivent sous des régimes dictatoriaux, d’inspiration religieuse ou non, où les libertés individuelles, dont la liberté de pensée, n’y sont pas respectées. Il est néanmoins satisfaisant de constater que peu à peu, dans certains pays arabes (Maroc, Liban...) mais aussi en Chine, la pratique psychanalytique commence à émerger, visant non pas une quelconque hégémonie mais seulement la possibilité de son exercice.?


?(1) Voir l’Inquiétante Étrangeté, de Sigmund Freud. Éditions Gallimard.?
?Dossier réalisé par Lucien Degoy




Paru dans L'Humanité

Édition du 26 septembre 2005



Archives etc 2005 la suite

Archives etc 2006

Archives etc 2005

Archives etc 2004

Archives ... etc suite 2004

Subjectivités

Subjectivités 2005

Psychanalyse en mouvement: Préambule

En arrivant sur le site

23/02/2007
Retour
Commentaires
You must be logged in to post a comment