Chaque visage est le Sinaï d'où procède la voix qui interdit le meurtre - Lévinas

La psychanalyse face à son symptôme

La psychanalyse face à son symptôme

La psychanalyse face à son symptôme …

« Tant que cette origine énigmatique de la psychanalyse insistera, - celle-ci s’initiant du désir de Freud, - notre mission sera justifiée. La psychanalyse « a donc de bonnes chances de rester un symptôme ». Tant qu’elle le restera, les défenseurs de l’analyse profane demeureront. », ai-je lu sur le site d’(a)lpha et sous la plume de Karim Bordeau.

 

Elle est passée par ici, elle repassera par là…, tel le symptôme. On ne la supporte pas et on souhaite perpétuellement sa disparition. Elle n’a de cesse de déranger et d’être, tous les dix ans, comme le dit Catherine Clément 1) , déclarée comme morte.

 

Expression du mal être dans la civilisation, le symptôme psychanalyse se déplace, sous la pression des attaques subies et de la volonté plus ou moins insidieuse (voir certains rapports de l’INSERM 2) ) d’en redresser les torts et de la voir disparaître…

 

Aujourd’hui, à partir d’un livre dont j’aurais préféré ne pas parler, c’est une encoche, une petite incise dans l’après-midi, que je propose… Une fantaisie, au sens où le donnerait à entendre Freud, Winnicott, Maud Mannonni, sans doute Lacan et quelques autres aussi… Fantaisie, autrement dit, ce qui seul s’autorise dans l’espace analytique.

 

INSERM , Livre Noir. Quitte à paraître iconoclaste, j'ai choisi de m'amuser à donner un autre son de cloche pour provoquer, je l'espère, d’autres réactions, non de la part de psychanalystes, mais dans le cadre des enjeux de pouvoir politique - et d'occupation du sol et de l'espace - qui se cachent derrière cette "bataille" d’abord médiatique Le Nouvel Obs contre l'Express Les anciens (de la psychanalyse) contre de soi-disant modernes (TOP et TOC et TCC), comme il y eut, jadis les psychologues contre les psychanalystes, les psychiatres contre les psychothérapeutes, les intégristes contre les laïques, l’allopathie contre l’homéopathie, les pharmaciens contre les herboristes, les protestants contre les catholiques, les kiné purs contre les ostéopathes, les melaniekleiniens contres les annafreudiens et vice versa ; autrement dit les naturothérapeutes contre les cultivothérapeutes, les poly contre les mono, les multi- contre les uni-,  les filles contres les garçons, les homos contre les hétéros, La Bruyère contre Fontenelle, les lacaniens contre les freudiens et Freud contre machin !

 

Mais la psychanalyse aujourd'hui est bien faite de tout cela. C'est la rencontre qui produit le sens bien qu’on l’eût voulu moins meurtrière

 

Qu’un produit éditorial réactive le débat, pourquoi pas ? On aurait aimé là encore qu’il le fût plus… aimablement. Mais l'histoire et la psychanalyse nous apprennent que l'histoire ne se passe jamais comme nous aurions aimé qu'elle se passe... Principe de plaisir - principe de réalité ? Pas seulement. Principe de responsabilité auquel invite la démarche psychanalytique et auquel adhère avec bonheur le sujet (du verbe) une fois autorisé....

 

J'ai cru comprendre que l'entreprise Livre Noir tend plus à disqualifier qu'à critiquer, ce qui relèverait moins de la rigueur scientifique - pourtant revendiquée - que du rapport de force politique mercantile autrement dit du marketing !

 

Notre démarche n'est pas d’abord scientifique, tout du moins la mienne. Mais elle ne se sent pas mise en infériorité du fait qu'elle ne se prétende pas d’abord scientifique. Elle est artistique, tant elle est concernée par les articulations entre sujet et sujet, verbe et sujet, sujet et objet, entre sujet pris dans le langage, en quête de sa vérité, et sujet en quête de liberté, prisonnier du langage, mais avide de sens pour questionner ce qui relève de sa responsabilité. Autrement dit, cette démarche est du ressort de la création. Et l'interroge. Avec vigueur, avec rigueur, sans doute. Mais non avec rigidité. Elle ne prétend pas être toute.

 

Règlement de compte ? Dépit amoureux ? Haine bien ordonnée ? Rage déconfite ? Manifestation spontanée d’on ne sait quel phénomène qui aspirerait, faute de se sentir exister, à se laisser évaluer pour le profit de quelques groupes de pressions pharmaceutiques ? Nous n'irons pas jusqu'à remercier les auteurs de cette somme dont pourtant la parution sur la place publique a donné l'occasion à plus d'un analysant, analysé, ou analyste, de prendre la parole, la plume ou le clavier pour dire ce que la science statistique  ne saurait prouver : qu'il se sentait, tout bonnement, oh combien, mieux après qu'avant le passage sur le dit-van pour les uns, le fauteuil pour les autres.  N'en déplaise aux évaluateurs, qui ne parviennent à les prendre dans leurs filets. Ni ne supportent de voir modestement (dit)vanter les bienfaits reconnus d'une cure qui leur permit de regarder, d'un autre oeil et sous un autre angle, ce symptôme dont on ne se déprend jamais tout à fait. Il serait vain et mensonger de prétendre s’en débarrasser... Analyste ou pas, on ne guérit pas de soi-même…

 

Ici, je citerai P.H. Castel, qui souligne la nécessité d'une formation par la psychanalyse et non à la médecine, à la psychologie, ou à la psychiatrie, si l'on veut que de la psychanalyse il sorte et reste d'abord de la psychanalyse et de l'analysé.

 

« Car, affaire d'âge, écrit-il, je n'ai jamais (…) pu adhérer au mythe de Freud modèle d'honnêteté scientifique désintéressée (Freud, je le préfère de loin en "conquistador", c'est son mot !). Et qui, de ma génération, verrait autre chose dans ses procédés douteux qu'une question personnelle, à lui adressée, sur les effets des relations dans lesquelles il s'engage avec ses patients ? C'est d'autant plus ­ je le dis simplement ­ une raison pour que l'analyste soit analysé. » 3)  

 

Et Jacques Alain Miller, dans un dialogue imaginé pour Libération, le 28/09/05

 

« Le comportementalisme, c'est d'abord Watson : ne nous occupons pas des pensées que les gens ont dans la tête, mais de la façon dont ils se comportent. Des faits, non des suppositions. Des observations, non des conjectures. C'est ensuite Pavlov, et son fameux «conditionnement» du chien : celui-ci bave devant la nourriture ; on associe une sonnerie à la présentation de sa pitance ; troisième temps, il suffira désormais de la sonnerie pour qu'il bave. Le troisième génie, Skinner, dresse rats et pigeons dans les années 30 : il les dresse en les récompensant quand leur comportement est celui que l'on attend d'eux. De là, il passe au dressage humain. »

 

Face à la clochette du Livre Noir ne nous laissons pas conditionner.... Ne salivons devant lui ni de faim ni de rage ni de dépit. S’il ne suffit à nous faire mourir, il ne contient rien qui puisse nous donner en vie….

 

N'alimentons pas l'adversité en répondant "bêtement" à ses attaques au risque de dilapider l’énergie. La notion d'efficacité, en termes de santé, me semble redoutable et mal appropriée. Qui peut prétendre à l'efficacité ? On se le demande. Une vie entière ne suffit à prendre soin du sujet…

 

S'il s'agissait d'en finir avec quelque chose, ne serait-ce pas d'abord de commencer à en finir avec la haine ? De la qualité de la réponse des psychanalystes, mais surtout de la qualité de leur pratique et de leur engagement, dans la cité et les institutions, dépendra l'avenir de la psychanalyse qui, pas plus que n'importe quel art ou discipline, ne résisterait à long terme à un quelconque sectarisme... Fi de la bêtise et de la méchanceté. Et, comme disait un homme qui a compté pour moi, « les choses ont l'importance qu'on leur donne. » Autant ne pas accorder trop d'importance à ce genre d'attaques qui, je crois, nuiront d'abord à ceux qui les portent !

 

Le psychanalyste dérange car il ne joue pas avec les faux-semblants. La psychanalyse dérange, parce que ce n’est pas une ordonnance médicale extérieure qui fait autorité, mais la vérité intime du sujet.  

 

On se sent parfois mieux dé-rangés. La logique de l'inconscient préfère le symptôme à n'importe quel enfermement. Seule l’acceptation permet de s'en libérer, sans plus avoir à l'exprimer à travers TOC et TOP, et TAC et tics ou autres gestes graves, c’est-à-dire plombant, handicapant gravement la vie quotidienne, contre lesquels une psychanalyse, s'avère, bien menée, un excellent remède !

 

 

 

L'analyse pas plus que l'analysant n'est normalisable. Aucune raison de les évaluer selon des normes pour les normer. Il ne s'agit pas de déchiffrer ce qui fait symptôme pour le redresser, mais de l'entendre afin d'assumer sa particularité et de laisser surgir la singularité qui le porte. Il serait mensonger de prétendre guérir du mal-être. Mais non d'encourager à ne plus le subir, à en moins souffrir. 

 

Pourquoi vouloir la mort des TCC? Je suis contre la  peine de mort… À quoi bon prouver leur inefficacité ? Ce n'est pas en termes d'efficacité que se pratique la psychanalyse. Mais en termes de vie, de vécu, de traversées. D'expérience d’abord qui, pour ma part en tout cas, relève plus de l’atelier d’artiste que du laboratoire scientifique. Du sur mesures que de la grande distribution.

 

La vie n'est pas une simulation. S'il est un laboratoire dont il faille tenir compte, c'est celui du quotidien. À peine voudrait-on l’évaluer, qu’il est déjà dépassé. Mais quand un analysant revient le lendemain, on sait, qu’à sa façon, il nous a évalués…

 

Un livre a voulu dénoncer le « pire de la psychanalyse ». Il en a par contrecoup, ouvrons l’oreille, fait surgir ça et là, le meilleur : des témoignages d’artistes, d'écrivains ou de quidam disent le bienfait pour eux de cette expérience 4) .

 

Si nous voulons faire entendre que la psychanalyse ne s’évalue pas, si nous voulons faire entendre qu'elle sait être plus bénéfique que maléfique, plus faste que néfaste, prouvons d'abord qu'elle a eu sur nous quelques heureux effets.

 

Pour conclure : « Parlez de moi, en bien ou en mal, mais parlez-en... » C'est Sénèque qui l'aurait dit... Parlons psychanalyse… Et pour qu'il ne cesse d'y avoir du psychanalyste, ré-inventons-la 5)   chaque jour remettons-la dans le vent… 

 

 Virginie Megglé    

 

Novembre 2005




Notes:
1) Le Magazine Littéraire n°428, Février 2004


2) La psychanalyse, dans le rapport de l'INSERM, est suffisamment mentionnée et malmenée, pour laisser entendre qu'elle était bien présente à l'esprit des experts quand ils ont entrepris leur travail d'évaluation, et qu'il était bien dans leur intention de l'évaluer avec un a priori négatif et, pourquoi pas, un désir de l'éradiquer. Et suffisamment peu mentionnée (et considérée) pour dire combien ils la "méprisent"; c'est dire à quel point, selon eux, elle se réduit, doit se réduire, devra être réduite, à une peau de chagrin.


3) Le Monde du 25/09/05


4) La presse grand public s’en est fait l’écho. N'ayons pas honte d'être apprécié par petit ou grand public, ne le méprisons pas… Voir Subjectivités 2005 sur www.psychanalyse-en-mouvement.net


5) Tel était le vœu de Lacan que son école suscite du nouveau quant à la formation des analystes : « J’attends que quelque chose s’invente, s’invente du groupe sans reglisser dans la vieille ornière, celle dont il résulte qu’en raison de  vieilles habitudes contre lesquelles on est après tout si peu prémuni que ce sont elles qui font la base du discours universitaire, qu’on est  nommé-à, à un titre ». J. Lacan, « les non dupes errent », Séminaire inédit, leçon du 09/04/74







(a)lpha AMT 2

Programme de l'après-midi


AMT 2

Argument


(a)lpha AMT 2

Le symptôme dans la cité

 

Nouvel Obs

(Le Livre Noir...)

Jack Ralite: Autour de l'amendement Accoyer GIraud Mattéi  


Winnicott et la thérapie comportementale

 

Politique et santé mentale: Douste-Blazy

 

09/12/2005
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